LIBRE EXPRESSION

NIGER  : LES 4 PRISONS DU POUVOIR


Tout pouvoir politique au Niger, quel qu’il soit, se heurte à une série de contraintes et de pesanteurs, qui limitent ses marges de manœuvre et ses capacités de changements. Ce sont, en quelque sorte, autant de prisons. Le rejet de la classe politique par une très grande partie de la population (rejet largement sous-estimé par les principaux partis politiques, qui n’en mesurent pas l’ampleur, et croient être les représentants du pays réel alors même que celui-ci n’a plus confiance en eux) est une conséquence directe de ces prisons qui enferment le pouvoir : qui croit vraiment encore aux promesses des politiciens ? L’opinion générale est : « Ils sont tous les mêmes » ; « Quels que soient ceux qui sont au pouvoir, rien ne change » ! Chaque lecteur entend surement ces propos quotidiennement, et les a sans doute lui-même pensés, sinon proférés.
Aujourd’hui, le résultat est que le mot « politik », en zarma, signifie discorde, querelles sans fin, conflits et rivalités, il équivaut à fitina, baab-ize tarey, dan unbanci. Cette dérive de la démocratie nigérienne fait que les nostalgiques de la dictature militaire de Seyni Kountché, d’un côté, les partisans d’un régime islamiste de l’autre, sont hélas de plus en plus nombreux… Si l’on veut éviter ces deux maux (une rupture dictatoriale ou une rupture islamiste) il faudra bien qu’une rupture démocratique survienne (sortir de ces prisons dans un cadre démocratique).
Les quatre prisons ont pour gardiens respectifs : (1) les grands commerçants ; (2) les militants, alliés et courtisans ; (3) les bureaucrates ; (4) les experts internationaux.
Ces prisons sont d’abord celles du pouvoir, mais aussi celles de la vie politique toute entière (condamnée à la reproduction sans fin des mêmes pratiques), et de la démocratie elle-même (rendue responsable de cette situation). Elles enferment le pays dans la soumission à un système décrié qui ne satisfait que ceux qui en profitent.

La prison des grands commerçants

L’un des effets pervers majeurs de la démocratie (ce régime qui est le pire… mais à l’exception de tous les autres déjà essayés dans le passé, disait Churchill) est le coût des élections, et donc la nécessité de trouver des financements importants pour faire campagne. Ce coût est particulièrement élevé au Niger, dans la mesure où la distribution de la « rente électorale » est avidement attendue par un grand nombre d’acteurs : les électeurs eux-mêmes, tachant de monnayer leurs voix, ou leurs clientèles électorales quand ils en ont ; les militants des partis, qui ne se mobilisent que s’ils sont « motivés », c’est-à-dire rétribués ; les personnels technico-administratifs-judiciaires (la CENI et ses multiples démembrements, les présidences de bureaux, etc..) ; les prestataires de biens et services (voitures, essence, gadgets, fournitures, etc..) ; et enfin les prestataires magico-religieux (devins, marabouts, zimma, boka, etc…)[1].
Où trouver l’argent ? En dehors d’éventuelles contributions de mécènes d’Etat (comme certains Etat pétroliers parfois ou Kadhafi autrefois), il n’y a que deux sources importantes : les dons des grands commerçants, d’une part (chaque parti a les siens, sans compter ceux qui donnent à plusieurs) ; d’autre part, les trésors de guerre accumulés par les partis (en particulier ceux qui sont au pouvoir) : mais ceci renvoie encore aux grands commerçants, car cette accumulation trouve le plus souvent son origine dans des rétro-commissions illicites sur les marchés publics et des entreprises privées proches des leaders politiques…
Les grands commerçants sont ainsi au cœur du système électoral nigérien. Ce sont eux qui le font fonctionner. Mais ce n’est pas par désintéressement. Ils attendent un retour sur investissement, en termes de protection, de « bienveillance » fiscale, de placement de leurs parents et clients à des postes stratégiques, ou de passations de marchés. Ils sont aussi au cœur de la grande corruption systémique, qui a partie liée avec les élections, l’exercice du pouvoir et la faiblesse des rentrées fiscales. Les députés, les maires, les présidents sont quelque part prisonniers de leurs financiers, et il leur est presque impossible de ne pas renvoyer l’ascenseur puisque c’est à eux qu’ils doivent leur élection… Prenons un exemple simple. Le LASDEL a ainsi depuis longtemps analysé le dilemme des maires face aux collecteurs de taxes des marchés (les marchés sont la principale ressource des communes)[2] : comme maires ils voudraient un recouvrement efficace de ces taxes ; mais les collecteurs ont été nommés pour « récompenser » les militants des partis ayant conquis la mairie (c’est la « norme pratique ») : ceux-ci s’« arrangent » - adjara - , avec les commerçants du marché, dont une partie a par ailleurs financé la campagne du maire, en prélevant sans reçu un montant inférieur à ce qui est dû ; ils mettent donc impunément une partie de ces recettes « informelles » dans leur poche, l’autre partie va dans la caisse de leur parti, et ils ne versent que le solde (les taxes prélevées avec reçus) aux finances communales. Les maires ne peuvent mettre fin à ce système qui pénalise la municipalité mais dont ils sont eux-mêmes le produit.
Cet exemple vaut pour tous les autres échelons des pouvoirs élus démocratiquement, et, en fait, pour le pays tout entier, devenu otage des grands commerçants, qui sont en général « intouchables », comme de nombreux exemples le prouvent.

La prison des militants, des alliés et des courtisans

Le second effet pervers de la démocratie nigérienne concerne l’obligation de remercier ses militants et de composer avec ses alliés, ainsi que l’environnement courtisan qui en découle.
L’accès d’un parti à des positions de pouvoir, que ce soit la plus haute, ou qu’elles soient associées à une place dans l’alliance gagnante, implique la distribution massive de récompenses aux membres du parti et aux clients politiques qui ont accompagné l’ascension. L’ingratitude serait le pire des défauts, et source de « honte ». Les récompenses sont donc dispensées tout au long d’une mandature, sous forme de postes, de privilèges, de faveurs, de passe-droits, aux frais de la République. Ainsi s’explique l’inflation spectaculaire du nombre des conseillers et autres chargés de mission, dont les fonctions réelles sont aussi floues que les avantages dont ils bénéficient sont élevés. Ainsi s’expliquent d’étranges nominations, et les soudaines promotions de protégés qui ne se distinguaient guère jusque-là par leur réussite ou leur diplôme.
Ainsi s’expliquent aussi les difficultés que tout chef d’Etat rencontre pour s’élever au-dessus de son parti, pour prendre de la hauteur, et échapper aux querelles de clans et aux règlements de comptes avec l’opposition. Il est sans cesse redevable à l’égard de ses propres troupes, il est prisonnier de ceux qui l’ont fait roi. Ce clientélisme de parti n’est pas tant l’expression de la toute-puissance d’un Président (comme on le croit généralement) que le signe de sa dépendance : le chef est enchaîné à ses barons, à ses notables locaux, à ses leaders régionaux. Il devient leur obligé. Il en est prisonnier.
Mais le cycle de la dépendance mutuelle continue. A leur tour les bénéficiaires des largesses du pouvoir, les militants récompensés, les dignitaires portés aux affaires du pays sont devenus des obligés du chef quel qu’il soit. Ils forment une ceinture de courtisans autour de lui, unis par l’accès commun aux privilèges. Nommés par complaisance pour service rendu, leur gratitude s’exprime à son tour par leur propre complaisance envers le pouvoir. Cette complaisance est aussi une déférence, qui, semblable aux louanges des griots, exalte les mérites du chef et de ses lieutenants. On comprend mieux alors la surdité si fréquente des hauts responsables face aux mécontentements populaires, leur ignorance – parfois arrogante – des talaka, leur refus de toute critique – immédiatement interprétée comme un complot de l’opposition… Leur entourage s’empresse à caresser le pouvoir dans le sens du poil, et à dénigrer toute pensée libre et non complaisante. Les courtisans considèrent comme un outrage intolérable cette pensée pourtant fort sage de Montaigne : « Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit ».
L’obligation de distribuer des faveurs aux militants et la déférence en retour de ceux-ci se conjuguent en outre avec la nécessité d’alliances entre partis pour exercer le pouvoir, ce qui implique au Niger une répartition de fiefs pour chaque parti allié.
Aucun parti, depuis la Conférence nationale, n’a jamais eu la majorité. Toutes les combinaisons d’alliances entre les principaux partis ont déjà été essayées, toutes suivies de volte-face et de haines tenaces. Ces alliances sont scellées par la répartition des postes, à commencer par les Ministères. Chaque ministère devient, le temps que durera l’alliance, un fief du parti auquel appartient le Ministre. Ce sont des fiefs à un double titre : d’abord le Ministre y nomme les gens de son parti, du haut en bas de la hiérarchie (une variante est que les cadres du Ministère qui veulent garder leur place prennent la carte de ce parti) ; en second lieu, les « affaires » se font avec les grands commerçants liés au parti, et les commissions illicites et avantages de fonction divers vont au parti du Ministre et à ses hommes du ministère. Il en est de même pour les grandes sociétés publiques et hautes charges de l’Etat.
Ce système de répartition des postes se fait évidemment aux dépens de la compétence, qui n’est pas le premier critère de nomination, y compris pour le choix des Ministres : chaque parti en effet propose ses candidats, autrement dit ses « barons », qui, une fois en poste, sont intouchables : les démettre menacerait l’alliance elle-même. Et on a ainsi un premier ministre qui ne peut exercer son autorité sur la plupart de ses ministres ou des dignitaires de l’Etat.
On comprend mieux pourquoi, depuis près de 25 ans, les revendications des oppositions, quelles qu’elles soient, pour une « dépolitisation » de l’administration restent lettre morte une fois cette opposition arrivée au pouvoir. La politisation de l’administration est au centre du système politique de récompenses et d’alliances. Elle n’est pas une question d’opportunité ou de tactique : elle est systémique.

La prison des bureaucrates

L’Etat, ce n’est pas simplement un président, un gouvernement, des cabinets ministériels et des DG. C’est aussi, voir surtout, une bureaucratie, depuis Niamey jusqu’aux sous-préfectures, avec sa branche dite de « commandement » et ses services dits « techniques », ses domaines de souveraineté (magistrature, police, armée, diplomatie) et ses bataillons d’infirmiers et d’instituteurs. Tout cet « appareil d’Etat » délivre des services aux populations : sécurité, justice, santé, éducation, eau, routes, etc.
Mais chacun sait, au Niger, que ces services sont de mauvaise qualité. Les usagers, qui sont aussi les citoyens, s’en plaignent amèrement. La situation sinistrée de l’école publique l’illustre abondamment. Cette délivrance déficiente des services n’est pas seulement due à la pénurie et au « manque de moyens ». C’est aussi le produit d’une gestion désastreuse des ressources humaines dans tous les secteurs, ainsi que des comportements « non observants » des agents de l’Etat : bien souvent ces derniers n’observent pas les lois, les normes, les règlements et les procédures officielles, mais suivent plutôt des « normes pratiques » différentes, implicites, routinières, largement partagées[3].
La culture bureaucratique nigérienne est la somme de ces comportements non observants, de ces normes pratiques, de ces routines, faites de « débrouillardises », de favoritismes, d’absentéismes, de privilèges, de petite ou moyenne corruption, de trucages, entre dabarou et adjara. Tout pouvoir est confronté à cette culture bureaucratique, et le rapport de force est paradoxalement en faveur de la bureaucratie, et non en faveur du pouvoir. Les politiques publiques décidées au sommet de l’Etat se trouvent, dès lors qu’elles sont mises en œuvre sur le terrain, confrontées à la culture bureaucratique qui règne dans les services chargés de les appliquer. Et ces politiques se trouvent démembrées, désarticulées, détournées, contournées.
Cette bureaucratie, fondée sur une pléthore de petites habitudes ancrées dans la quotidienneté des services, constitue une citadelle que bien peu de politiciens sont prêts à affronter. Elle préexiste et survit aux divers régimes. La modifier est une entreprise de longue haleine, bien au-delà des échéances électorales qui obsèdent la classe politique. En outre, s’y attaquer, c’est se mettre à dos tous ceux qui bénéficient du fonctionnement actuel, et en premier lieu les grands commerçants, les militants et les alliés…

La prison des experts internationaux

Le Niger est un pays « sous régime d’aide ». Nous dépendons beaucoup de la rente du développement. En fait cette rente (comme la rente pétrolière) a beaucoup d’effets pervers. Plutôt que de développer les initiatives locales, l’ingéniosité populaire, ou les réformes venant de l’intérieur, l’aide au développement induit la dépendance, les stratégies de captation et l’addiction aux réformes venant de l’extérieur. Les institutions de développement implantent sans cesse chez nous de nouveaux « mécanismes miracles » standardisés, élaborés par des experts internationaux, non adaptés aux contextes nigériens, de type « prêt à porter », alors qu’il nous faudrait du « sur-mesure ». Les pouvoirs successifs ont une forte tendance à se mettre à la « remorque » des bailleurs de fonds, à accepter tout projet et tout programme dès lors qu’il constitue une manne financière[4], quand bien même on ne croit pas à son efficacité, quand bien même on ne lèvera pas le petit doigt pour en assurer le succès.

Les meilleurs cadres techniques du pays, et plus généralement les fonctionnaires, ont pour principale ambition (en dehors de la politique) d’être recrutés par des « projets », des ONG ou des institutions internationales : ceux qui restent dans le service public sont aigris, en quête de compensations et d’opportunités de gains, et peu portés à prendre des initiatives réformatrices. Quant aux multiples projets et programmes élaborés et financés par l’aide, au sein des administrations ou vers la société civile, on constate que tout s’effondre dès lors que le financement extérieur et l’assistance technique ou gestionnaire s’arrêtent.
Certes il existe çà et là des politiques nationales menées sans le concours d’experts internationaux et sans le financement des bailleurs de fonds. Mais, le plus souvent, elles sont considérées par ceux qui les mettent en œuvre ou ceux à qui elles sont destinées comme étant elles aussi des rentes qu’il faut s’approprier ;  le plus souvent aussi, comme les projets de développement, elles ne sont pas pérennes. Le plus souvent, enfin, elles sont caractérisées par leurs incohérences, leur impréparation et leur manque de rigueur.
Au total, le système de l’aide, que ce soit l’aide projet, l’aide sectorielle ou l’aide budgétaire (les trois restent mêlés), induit une dépendance malsaine et paralysante, du haut en bas de l’Etat comme de la société civile. Contrairement à beaucoup d’idées reçues, cette prison n’est pas tant imposée de l’extérieur qu’intériorisée par les acteurs nationaux. C’est surtout une prison mentale. On a souvent évoqué les aspects politiques de cette dépendance (« la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit »), ou ses aspects économiques (ajustement structurel, macro-conditionnalités néo-libérales), mais beaucoup moins ses aspects « socio-culturels » : perte du sens de l’initiative, adoption de la rhétorique des partenaires et pratiques du double langage, attitudes de « bons élèves », comportements rentiers, passivité, absence de soutien aux innovations locales, primat aux procédures standardisées aux dépens des contextes, faible recours à l’expertise nationale…

Conclusion : l’étonnante popularité de Sankara

Face à ces prisons, la marge de manœuvre du pouvoir, de tout pouvoir, semble très restreinte. Chaque responsable politique a en effet tendance à se plier aux contraintes que nous avons soulignées. Le rejet de la politik par la population exprime ce constat : tout va toujours continuer comme avant, quel que soit le parti au pouvoir. Mais pourtant, en même temps, tout le monde rêve d’une alternative, tout en déplorant qu’elle apparaisse impossible au temps présent.
C’est ici que le nom de Sankara vient à l’esprit. Pourquoi est-il, aujourd’hui encore, si populaire ?

Mon hypothèse est que c’est justement parce qu’il symbolise, aux yeux de l’opinion publique, le refus de ces quatre prisons. Il incarne l’image d’un homme intègre et courageux, ayant refusé les privilèges et les facilités du monde politique en place, ayant cherché à transformer l’administration et le mode d’exercice du pouvoir, et à mobiliser les énergies et initiatives nationales. Entendons-nous bien : je n’entends pas faire ici le panégyrique de Sankara, ni plaider pour un homme providentiel (encore moins pour un officier putchiste, car après tout c’en était un). Je veux simplement souligner ce fait capital : les qualités que, dans toute l’Afrique, on attribue à Sankara, à tort ou à raison, trente ans après, dessinent en creux ce que chacun souhaiterait qu’un président élu ose enfin faire, et la déception corrélative qui s’ensuit lorsqu’il se révèle n’être pas différent des autres, donc impuissant à faire bouger les murs.

Certes, rien ne changera par un coup de baguette magique, et on ne peut plus croire au « grand soir ». Certes il faudra sans doute des décennies pour modifier en profondeur les mœurs politiques, la culture bureaucratique et la dépendance à l’aide. Mais il faut bien commencer, si l’on veut éviter la permanente reproduction des mêmes maux à laquelle on assiste depuis 30 ans, si l’on veut donner un sens plus positif à la démocratie, si l’on veut réhabiliter la politique, et si l’on veut réduire le désenchantement ou la désespérance qui servent de terreau aux islamistes radicaux et aux jihadistes.
Dans cette perspective, si l’on entend rester dans un cadre démocratique, et qu’on refuse les pièges et les dangers des coups d’Etat ou des insurrections, il n’y a que deux possibilités pour faire bouger ces murs.
Soit, au sein de la classe politique actuelle, un Président prend les risques d’ouvrir enfin des brèches dans les quatre prisons. Quel chef d’Etat aura le courage de décevoir, au moins sur certains points, ses financeurs, ses militants, ses alliés, ses fonctionnaires, et ses bailleurs de fonds ? Quel chef d’Etat osera faire « de la politique autrement », quitte à se mettre à dos nombre de ses soutiens classiques ? Quel chef d’Etat sera capable de développer des stratégies de rupture avec tout un ensemble d’habitudes bien établies au cœur même de l’Etat ? Quel chef d’Etat pourra assumer des réformes contre ses courtisans ?
Soit, au sein des nouvelles générations, une relève se dessinera, dont on peut espérer qu’elle prendra en main le changement. La classe politique actuelle, issue de la conférence nationale, a vieilli de concert, il est peu probable qu’elle veuille ou accepte de quitter ses prisons : ce sont pour elle des prisons dorées, qu’elle a elle-même contribué à bâtir. L’arrivée d’une nouvelle classe d’âge aux responsabilités est souhaitable, voire inéluctable. Mais il faudrait que cette rupture générationnelle soit aussi une rupture avec les mœurs politiques, administratives et affairistes de la génération précédente. Ce n’est pas toutefois gagné d’avance. Parier sur la jeunesse comporte des risques : beaucoup de jeunes sont sensibles aux sirènes de la classe politique en place et ne rêvent que de la remplacer. En quête eux aussi de privilèges, ils se font sans scrupules acheter par les partis politiques pour leurs manifestations ou leurs campagnes. Quels jeunes sont prêts à « faire de la politique autrement », et à en payer le prix personnel et social ?
Il n’y aura pas de « nouveau Sankara », ni au Niger, ni au Burkina Faso, ni ailleurs. Mais y aura-t-il des hommes politiques qui assumeront certaines des ruptures dont Sankara est l’image, et dont la popularité montre à quel point elles sont espérées et nécessaires ? Qui acceptera de s’attaquer, pas à pas, pierre à pierre, progressivement mais obstinément, aux quatre prisons du pouvoir ?

 





LE COUP DE MASSU DU 1er Avril 2015 : les choses sont allées très très vite !!!

Il n'y a pas de fumée sans feu … En fait la braise était déjà là , mais il fallait attendre des opportunités pour la réanimer et la faire passer à la vitesse 5. Le coup de ce 1er avril avec le communiqué du Front comme pour donner le coup de siflet, avec un homme , un leader qui maintenant est devant les écrans pour expliquer justement tout ce qui a laissé cette fameuse braise en veille , et surtout pourquoi il a a pris la responsabilité de passer en force et de mettre en place un gouvernement pour , comme il a si bien dit , avancer .  Toute initiative pour avancer après 3 mois de "vadrouille " dans la salade des affaires courantes,  ne peut qu'apporter une satisfaction car enfin les choses vont pouvoir reprendre leur cour normale. Mais voilà le hic c'est la méthode : à croire que parfois la méthode "bulldozer " est utile , même s'il faut aller se jeter dans le camp d'en face, ou occulter les dynamiques qui ont permis aux affaires d'évoluer jusque là . 

Dans le cas présent , les choses ont été très "grossières" que la question est bien celle là mais qu'y a t-il derrière tout cela ? Il y a comme des choses urgentes , pour que l'initiative prise par les indépendantistes du SUD de travailler ce programme intitulé : "l'Unité calédonienne", soit dépassée et non prise en compte . Par contre Daniel GOA l'a rappelé hier au JT de Nc 1ère pour dire qu'en fait son initiative s'inscrit bien dans cet état d'esprit. Oui mais alors pourquoi passé au dessus de ceux qui  portent le travail  ? Ah la politique elle a aussi ses règles sournoises et quand elle les sort c'est souvent parce qu'il y a d'autres objectifs plus urgents.  La bonne méthode qui respecte le travail porté par tous , est relayé au second plan , parce qu'il y a d'autres stress  ailleurs. Et là toutes les opportunités sont là pour justifier ce saut : le calendrier de l'Accord de Nouméa  avec les transfert des dernières compétences, la situation du nickel qui est mal en point et en particulier avec la pointe dans le Nord ( les fours défectueux de l'usine qui compromettent réellement le taux de productivité attendue , et la situation de la SMSP).  Ces deux éléments suffisent pour expliquer la manoeuvre , et emporter l'adhésion de beaucoup : en effet l'usine du Nord c'est symbolique pour le monde indépendantiste ainsi que la SMSP. 

Depuis 5 jours , maintenant c'est Calédonie Ensemble qui est au perchoir accompagné d'un VP qui ne représente qu'une tendance de l'UC. Mais dira t on dans les couloirs les dés sont respectés avec un indépendantiste à la vice présidence. Les débats sont posés à l'intérieur de l'UC , car outre le fait que la personne choisie relève d'une décision de la présidence du mouvement , beaucoup soulève la question de la légitimité , Jean Louis D. n'a pas de base électorale , alors que l'UC a bien deux autres personnes sur des postes de ministre ( de surcroît deux kanak) qui auraient pû être proposé à la VP. Mais là on a l'impression que la nomination là , répond à des commandes et non à la bonne logique politique pour rester dans la continuité des choses. Bref.

Par aileurs : quelques détails qui en disent long , au moment de la répartition des secteurs, on voit un calédonie ensemble qui malgré tout doit tenir compte de ce que disent les indépendantistes. Exemple de l'attribution du secteur de la santé : les deux personnes de Droite ( UCF et RUMP ) ont exprimé leur souhait de prendre le secteur, mais là une intervention de Déwé Gorodey a suffi pour que la présidence attribue ce secteur à Valentine EURISOUKE. Cynthia LIGEARD n'a pas attendu longtemps pour comprendre ce à quoi elle doit s'attendre dans cette nouvelle mandature : elle a été placée dans un bureau avec sa secrétaire et ses deux autres collaborateurs … Les choses vont jusque là . Sur les réseaux sociaux on voit déjà des voix qui crient sur la place publique pour parler du nombre de collaborateurs de chaque ministre. Comment le monde de la politique peut descendre à des niveaux si bas … Bref.

Et le serpent de mer n'a toujours pas de port d'attache : la mine . Un secteur qui n'est pas toujours pas attribué. Au niveau de l'UC de sources sûres , le secteur devait revenir à Gilbert TYUIENON, et là rien , on peut encore se poser la question suivante : le président de l'UC aurait il changer de fusil d'épaule , si c'est le cas , c'est de sa seule responsabilité comme il a affirmé au JT de Nc 1ère. 

Gilbert TYUIENON est finalement le vilain petit canard qui gêne donc de fait il ne peut pas être en phase dans de tel contexte où des lignes ont certainement été bougées.  Gilbert Tyuienon n'est pas contre la stratégie minière portée par les indépendantistes, simplement que son point noir c'est la question des retombées réelles de tout cela dans le pays , et surtout au niveau des populations locales .  Or il semblerait que ce point là n'est pas encore précis dans les perspectives à moyen long terme de ces gros projets . Peut être que le moment n'est pas encore venu pour prévoir les choses  jusqu'à ce niveau là ? 

En final , ce qu'il faut retenir c'est que l'initiative du BP du Front aura au moins comme point positif , c'est de permettre la mise en place du gouvernement , mais la grande préoccupation maintenant c'est la vigilance à afficher à tous les niveaux pour gérer les dégâts collatéraux. Ce gouvernement devra fonctionner durant 18 mois sans être menacé par une nouvelle démission mais rien n'interdit par contre des démissions de membres. Les 3 ministres de FPU et UCF feront de l'opposition ils sont 3, la question est la suivante : 3 contre 8 , et dans les 8 il  y a les 5 indépendantistes dont 2 ministres UNI. Qui réellement va jouer la balance et va s'amuser à bloquer les choses en interne , attendons que les choses se mettent en oeuvre pour mieux apprécier les choses. 

Naku press : Mise en ligne le 7 avril 2015


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KANAKY : LA DYNAMIK UNITAIRE SUD  ( DUS)

Crée en fin 2011, ce mouvement a fondé son existence sur le portage de la démarche unitaire particulièrement dans la province sud du pays, celle qui abrite plus de 75% de la population calédonienne. Cette démarche unitaire qui a finalement payé lors des dernières élections provinciales de 2014 puisque dans le sud , les élus indépendantistes sont passés de 4 à 7. L’objectif stratégique de conforter la présence des indépendantistes dans l’institution provinciale du sud a donc été atteint.

La DUS comme le PT n’est pas membre du FLNKS, mais pour autant ses militants continuent à s’impliquer dans le travail du mouvement nationaliste, pour continuer à défendre l’objectif  de l’indépendance et de la pleine souveraineté de Kanaky. Prôner une démarche unitaire et s’organiser à côté des grands partis, peut être considéré comme une contradiction en soi. Réussir une unité c’est savoir trouver la bonne passerelle qui permet de gérer au mieux la cohabitation des divergences. Mais quand les préoccupations dépassent cette dimension philosophique et noble  des idées, pour laisser place à autre chose, il y a matière à réviser la stratégie à mettre en œuvre pour continuer à avancer.

La DUS ce petit mouvement qui continue à faire ses premiers pas dans l’organisation d’abord pour affiner sa contribution à cette longue marche du peuple kanak vers son émancipation. . Modeste dans son organisation, la DUS réfléchit sur son évolution dans un contexte qui devient de plus en plus difficile à cerner. Depuis peu on assiste à une sorte de valse  des grands partis du Front , avec des pas ( dans le discours)  qui font parfois de grands écarts, mais nous voulons continuer à croire que ces grands écarts jouent bien pour la cause. Il y a des théories qui parlent de grands stratèges sachant jouer dans le camps de l’adversaire pour faire avancer la cause.

Améliorer les conditions de vie des plus démunis, une devise transversale dans l’ensemble des mouvements politiques de ce pays, mais encore faut-il savoir considérer cette population démunie comme un acteur dotée aussi de capacités à se prendre en charge, et non pas comme un public à servir comme intermédiaire pour enrichir   les grands groupes commerciaux se partageant les ressources de ce pays.  Le slogan de la DUS : «  Penser national, agir local » deux verbes d’action et deux notions géographiques pour simplement dire : comment faire avec les dynamismes développés sur un plan local pour servir les grandes orientations du projet social que l’on prétend défendre pour le pays. Considérer les dynamismes portées par les populations comme essence même de grandes réflexions pour l’avenir social, économique et politique du pays, c’est tout simplement continuer à arroser les germes d’une vraie démocratie ( pour le peuple par le peuple ).  Porter ainsi le débat, c’est essayer d’approfondir ce concept si cher aux partis indépendantistes : la prise en compte du terrain, pas pour mieux le dominer mais pour le mettre à contribution dans cette grande marche vers l’indépendance. Car comme dirait Amilcar CABRAL : toute révolution nationale ou sociale, qui ne possède pas comme base fondamentale la connaissance de la  réalité, risque fort d’être condamnée à l’insuccès ». Une réalité traversée en permanence par toutes les évolutions apportées par le modernisme, et qui de fait exige une adaptation permanente des discours. Le temps des plats réchauffés sur les antennes de Télé et de radio est un peu révolu, place maintenant à la culture de l’urgence et de l’instantané avec les moyens modernes de la communication, mais  y a t’il encore de la place pour des analyses approfondies ? 



Naku press : Mise en ligne le 27 décembre 2014










30 ans après, les Nationalistes kanaks commencent la commémoration de l'une de ces "périodes décisives" de l'histoire du pays. 

Depuis une semaine maintenant , les militants défilent dans les studios de la seule radio indépendantiste de la place pour se remémorer ces moments où les analyses , les stratégies , les barrages faisaient un tout , pour avancer. Les militants avaient décidé de reprendre le terrain car la discussion avait trouvé les limites d'une politique qui croyait fortement à l'efficacité de la démagogie pour continuer à tromper un peuple qui n'aura fait que revendiquer sa juste place dans son pays. 30 ans c'est l'âge de la maturité, et certains ont oublié que ce sont des moments de la vie où l'on se pose beaucoup de questions sur notre existence. Le Front après avoir marqué de nombreux pas pour amener le peuple kanak aux portes de son émancipation, il est lui même traversé dans son fonctionnement par des fractures d'analyses entre ses composantes. Incompréhension ou nouvelle posture parce que nouveau contexte, les médias de la place n'ont pas manqué de surfer sur la virgule qui va faire la différence, pour crier haut et fort que le mouvement indépendantiste est divisé. Mais on peut aussi penser que le Front est en train de vivre doucement une mutation nécessaire. 

Ce 24 septembre sera le point de départ de toute une série de commémoration d'évènements qui pour la plupart auront 30 ans d'âge. Naku press citera ici la levée pour la première fois du drapeau kanak  à la tribu de la Conception , le 18 Novembre 1984 avec la hache de Machoro pour dire non aux limites du bulletin de vote , en Janvier  l'assassinat d'Eloi et de Marcel … et plus tard dans l'année , les 30 ans de Djiido. Ce que l'on peut espérer c'est que ces différentes cérémonies que les militants porteront fièrement , puissent être  autant d'espaces pour organiser le nouveau pas vers l'émancipation . La maturité c'est accepter le changement  pour avancer. Parce que l'espoir de tout militant engagé dans le combat pour l'émancipation de ce pays, c'est de voir un jour naître cette nouvelle nation qui aura fait couler beaucoup d'encre. L'histoire nous a donné le présent, , et avec ce que nous avons , projetons l'avenir. Naku press adresse ici toutes ses salutations militantes et nationalistes à ceux qui étaient à la Conception pour voir hisser pour la première fois le drapeau kanak, à ceux qui étaient au congrès de Ouaré Hienghène quand Jean Marie a exposé devant une foule de militants les contours de la nation kanak , à ceux qui étaient à la convention de Ndé où les débats nous ont mené depuis toute la journée jusqu'au lendemain matin au soleil levant, à ceux qui ont dansé toute la nuit à Nakéty pour la levée de deuil de Eloi MACHORO, de ces réunions où les débats étaient parfois assez durs , bref toutes ces années riches d'expériences doivent garder leur place dans l'histoire de ce pays. 

Naku press : Mise en ligne le 22 septembre 2014

 L'EDUCATION EN MUTATION ?

Un système éducatif pensé , il y a 70 ans , est-il toujours adapté à nos sociétés? Rien n'est moins sûr. Prenons par exemple la société française. Celle d'aujourd'hui, multi ethnique , façonnée par l'immigration, les nouvelles technologies et bouleversée par l'économie mondiale, n'a plus grand chose  à voir avec la société des années 1950. En quoi ces grandes tendances doivent elles, d'une manière ou d'une autre , impacter le système éducatif ?Telle est la question posée par le nouveau rapport " les grandes mutations qui transforment l'éducation"publié par l'OCDE. L'organisation internationale a identifié cinq tendances majeures qui selon elle, peuvent avoir un effet direct sur le système éducatif, à savoir : les dynamiques de la mondialisation, le bien être et le cadre de vie dans des environnements de plus en plus urbains, les dynamiques de travail et des compétences, les structures familiales modernes, et le rôle des nouvelles technologies de l'information et de la communication.
SOURCES : "Le magazine  Aide et Action  Mars 2014
NAKU PRESS : MISE EN LIGNE LE 9 MAI 2014








Lu pour vous , ceux qui s'intéressent au développement local ..... 

L'être humain ne peut être une simple variable d'ajustement, ni l'objet de discours moralisateurs aux  frontières d'une économie s'érigeant en absolu. L'économie échoue à  être sa propre fin; elle doit être pilotée régulée par une conception de l'homme, non l'homo économicus de la pensée libérale, mais l'homme concret chair et esprit , vivant en communauté et dans le cosmos. Il ne s'agit pas de plaquer un social correctif, palliatif sur une économie engendrant de soi un mal humain ; il s'agit de préconiser et de chercher à mettre en place un régime économique intégralement social et intégralement personnaliste, en même temps que très différencié, qui réponde aux deux principes qui font partie du patrimoine commun de l'humanité: le respect actif de la personne, l'instauration efficace du bien commun. 

Le développement local est comme l'économie humaine : "une réponse ordonnée aux besoins de l'homme ... où une masse de biens aussi étendue que possible , soit répartie suivant l'ordre d'urgence des besoins de tous et non selon la hiérarchie des capacités de paiement.

Sources : Le développement local au défi de la mondialisation
Paul HOUEE
Naku press : Mise en ligne le 16 janvier 2014











Naku press publie ci-après le point de vue d'une jeune militante kanak  qui a participé et suivi l'affaire des cases de la place Mwa Ka , avec le dénouement du 13/11/2012  au petit matin !!!  Bonne lecture.





D'INDEPENDANTISTE A LOYALISTE, NOUS AVONS CAUTIONNE

LA DESTRUCTION D'UN OUTIL D'EMANCIPATION :

« LA TRIBU DANS LA VILLE »



Introduction



Les affirmations, les vérités, les infos balancés au journal télévisé, aux radios ou aux nouvelles calédoniennes entrent dans un processus d'ingurgitation rapide qui contourne l'effort mental et analytique nécessaire pour intégrer l'information et évaluer sa validité par son propre esprit. Déterminer la véracité et la validité de n'importe quelle information importante exige l’intégration analytique des faits et des informations à l'intérieur d'un contexte bien précis.



L'affaire des cases, nous situe dans une dialectique historique. Car si la dialectique c'est aussi l'art du dialogue et de la discussion, nous sommes dans un raisonnement qui comporte des oppositions ou des diversités de pensée, nous analysons la réalité en mettant en évidence les contradictions de

celle ci afin de chercher à les dépasser.



Un mouvement populaire est née ce 24 septembre 2012, celui du « Collectif une tribu dans la ville » avec l'accompagnement du comité 150 ans après. Un mouvement composé de personnes volontaires de tous âges et de toutes catégories sociales. Des gens fiers de participer à la construction de case, fiers de montrer, de partager, ou d'apprendre sa culture ou celle de l'autre, fiers d'accueillir et de contribuer à l'organisation, la mise en vie d'un seul travail proposé par le comité 150 ans, celui de la construction de « la tribu dans la ville », fiers dans la participation à prendre des responsabilités, fiers de s'engager dans un mouvement. Ce mouvement populaire nommé « Collectif une tribu dans la ville » avait pour mission de défendre et de maintenir les cases à la baie de la Moselle.



Ce mouvement s'est éteint le 13 novembre 2012, le jour de la destruction des cases même si les membres du bureau ont continuer à le maintenir au Mwa Ka. Celui-ci n'avait plus raison d'être par rapport à ce pourquoi il a été créé. Certains sont partis ce jour là car pour eux, ce sont les cases qui traduisaient leur engagement au sein du mouvement. Certains sont resté pour continuer le travail engagé dans la tribu. D'autres sont partis lors de la création de l'Organisation Non Gouvernementale

« Une Ville dans la Tribu ». Tout indépendantiste de bonne foi sait que nos marges de manoeuvres à Nouméa sont étroites lorsque l'on parle de l'expression de l'identité kanak. Bon nombre de personnes se sont porté volontaires car c'est leur coeur et leur appartenance culturelle qui a répondu à l'appel du comité 150 ans. Malgré les difficultés rencontrées, il y a toute de même cette performance de la construction des 8 cases et d'un faré non achevé en 9 jours qui est à noter. Chaque case à était construite avec l'ensemble des personnes volontaires présentes issues des différentes aires. Chaque case avait sa particularité tant dans sa forme esthétique interne et externe. L'expérience du vivre ensemble entre différentes générations entre les vieux, les aînés, les jeunes et les plus petits était une expérience de vie unique pendant ces 52 jours. Moins de 70 personnes ont habité dans les cases. 80 à 120 personnes ont assisté aux réunions du collectif les soirs. Une estimation de 180 sculptures ont été produite durant ces 52 jours, chambranles, flèches faîtières, peigne , petite figurine, petit case  vendus, échangés ou offertes avec le coeur. Cette organisation de l'accueil de la culture Kanak , dans un milieu urbain dans un soucis de reconnaissance pour la construction de la communauté de destin , était un affront à ceux et celles qui considèrent que notre place est au Centre Culturel Tjibaou et au Musée de la Ville. La destruction de la tribu dans la ville est aussi l'expression d'un signal d'alarme, car ces dernières années il y a eu des cases brûlés, des gens expulsés et chassés, des familles brisés, des crimes, des suicides, des jeunes morts sur nos routes...



I / Les événements marquants 13 octobre 2012 : le démontage d'une case Kanak par des Kanak au parking de la baie de la Moselle le 13 novembre 2012: La destruction par bulldozer de 7 cases par la Commune de Nouméa, le Haut commissaire, et des hommes cagoulés sur le parking de la baie de la Moselle.



II / La tribu dans la ville : Indicateur de notre Unité morcelée

Si tous les Kanak sont d'accord pour dire que ça n'existe pas une case qui se déplace ou se démonte, une case à été démonté et les 7 autres complètement détruite en 2012. La vérité c'est que nous n'avons pas construit des cases mobiles. Au delà de la parole donnée, des mensonges, des trahisons, des incompréhensions, de toute la pollution d'informations, les gens ont vécu la construction de 8 cases et d'un faré non achevé. Le mouvement populaire « Collectif une tribu dans la ville » grâce au comité 150 après a donné vie, là ou il n'existait qu'un parking. Si un des Grands Chefs de Node Drehu a dit que démonter une case c'est plus qu'un crime, il est question d'un interdit. Nous avons fais la démonstration devant les yeux de nos enfants mais de tous le Pays que c'est possible de démonter une case. Nous nous sommes mentis à nous même car en acte, nous avons cautionné et avons fais le contraire de ce que l'on a pensé unanimement. La vérité c'est que l'on s'est tous faitf mal et que nous avons chacun notre part de responsabilité. Nous en ressortons grandis car « l'affaire des cases » pose le débat de la place de l'identité kanak en ville, elle requestionne chacun d'entre nous sur les comportements que nous adoptons, notre manière d'être et de penser dans le contexte dans lequel nous évoluons. Elles nous interrogent ou nous réinterrogent sur la situation de la population d'origine kanak dans le grand Nouméa mais aussi dans tous le pays. C'est toujours la continuité du travail du comité 150 ans. Elle nous interrogent aussi sur l'unité du peuple kanak ou bien encore sur l'unité de nos appareils politique. L’affaire des cases à posé les réelles questions qui vont nous faire progresser sur quelle société nous voulons pour tous les enfants et les jeunes de notre Pays. Quelles caractéristiques du futur citoyen allons nous projeter ? Quel projet de société allons nous proposer en prenant en compte les aspirations

populaires qui prônent une société plus juste, plus solidaire, plus fraternelle dans la nation de Kanaky mais aussi dans le monde entier?

D'une unité morcelée , on nous parle de dossier sur la fiscalité, sur la vie chère , sur le minier, sur le rééquilibrage, sur les signes identitaires qui sont aussi importants. Cependant ces dossiers se sont accaparé du temps et des pensées stratégiques de nos politiciens. La Famille, la Jeunesse, l’Éducation, l'Enseignement, le Social, la formation sont des champs qui seront déterminants dans la participation à la construction de la citoyenneté calédonienne. Mais ces champs sont-ils une

priorité pour le gouvernement de notre Pays ?







III / La tribu dans la ville : Notre miroir et nos espoirs

Le reflet de nous mêmes dans un seul et même endroit: des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des papas, des mamans, des vieux et des vieilles s'adonnant à l'alcool, au cannabis, au cava, au bingo et d'autres addictions à outrance. Des gens au bord de la route qui n'ont plus de toit, rejetés de chez eux, ou seuls. Qui sont tous-t-ils tous ces gens? Ne font-ils pas partis de nous? Au nom de la culture de individualisme, de la culture du matérialisme, de la culture de l'argent doit on laisser tous ces gens au bord de la route? Des progressions, j'en ai vu en 52 jours, des gens qui se sont portés volontaires pour progresser malgré tous les facteurs omniprésents comme la situation des cases, l'alcool, le cannabis, les disputes, les réunions... J'ai observé et recueilli par voix orale et écrite, les progressions de certaines personnes dans leurs attitudes, leur consommation ou bien encore leur manière de penser. Se regarder dans un miroir c'est voir son visage, on ne se ment pas, voilà comment je suis , on se regarde, voilà comment nous sommes. L'introspection et la prise de conscience d'avoir à faire du travail sur nous même est le début d'une décolonisation mentale. Car pendant 52 jours nous avons tenter de travailler en ayant conscience de nos mauvaises manières et d'être debout dans la ville de Nouméa. Certains l'on vécu tant bien que mal. De ce qui nous reste de la culture Kanak, il n'y a que des bouts. Des bouts de culture qui peuvent être encore transmis et accompagnés si la volonté et le courage de nos politiciens se fait un peu plus sentir. Même si le miroir nous montre l'aspect négatif de nous même, il nous rappelle que nous sommes issus de ce peuple autochtone. Ce peuple qui possède dans les fondements propres de sa culture des valeurs universelles. Ces valeurs qui tendent à être transmise et véhiculée sur la famille, la fraternité, l’accueil, l'hospitalité, la solidarité, le vivre ensemble avec l'ensemble des gens de ce Pays. C'est celles là que nous avons mis en vie pendant ces 52 jours. C'est cet espoir que certains et certaines ont porté et continuent de porter dans d'autres chantiers.



IV/ La tribu dans la ville: La famille des 8 aires

La symbolique de la case c'est aussi « LA FAMILLE » mais c'est aussi le haut de cette maison sur le drapeau de Kanaky. Que tous ceux et celles qui veulent construire le Pays de demain entrent dans la Maison. Nous parlons de structuration des clans mais c'est aussi la structuration des familles. Ce sont tous les gens qui vont consolider les liens qui vont faire que l'ossature d'une case va être solide. C'est la case qui va accueillir et abriter, mettre en sécurité celui ou celle qui voudra partager, manger, progresser, grandir et vieillir. La vérité c'est que le triste constat des familles d'origine kanak est lamentable. On parle de fille mère, de mère accouchant sous x, de père célibataire, de mono parentalité, de divorce, d'échec scolaire, de violence, de suicide, de crimes.... Nos enfants et nos jeunes sont de moins en moins en sécurité dans leur maison. Le système participe à nous endormir sur nos responsabilité à l'égard de nos enfants. Dans la tribu dans la ville, nous avons créé la famille des 8 aires (parole de sculpteur). Nous avons tissé des liens, fraternels, maternels et paternels. Nous avons tissé des liens de cœur avec ceux qui sont différents de nous et qui ont prit la liberté de venir nous rencontrer. Certains et certaines ont appris a découvrir les valeurs familiales dans le cadre de l'éducation culturelle que chacun et chacune a apportée dans la tribu dans la ville. Le président d'honneur du « Collectif une tribu dans la ville » a souligné que nous participions à créer une nouvelle vie et certains ont continué dans cette démarche. Continuer dans cette démarche c'était aussi pour certains d'entre nous redonner sens à la vie de la famille, la vie dans les cases, la vie dans nos maisons, progresser vers quelque chose de meilleur pour nous mais aussi pour les générations en devenir. Certains d'entre eux ont trouvé des repères, ont trouvé une famille soudée et unie pendant le maintien et la mise en vie des cases. Le travail collectif sur la cohésion familiale à été mené tant bien que mal. Il a été mené avec ses peines, ses défaillances, ses manquements, ses incompréhensions, ses colères mais aussi ses joies et ses moments de partage. Cependant il reste un indicateur pour nous rappelée ou

nous informé que de nouvelle vérités se sont installé dans nos familles. Que nous avons de moins en moins de cohésion familiale et que la communauté éducative tente à disparaître.



V/ La tribu dans la ville : Espace Identitaire éphémère et Espace d'Education

En participant à la mise en vie de cet Espace Identitaire, nous avons créé l'unité en face de nous. Cet Espace Identitaire éphémère a été un espace d'expérimentation pour reconnaître l'identité kanak et sa participation à la construction d'une citoyenneté basé sur des valeurs telle que l'hospitalité, l’accueil, la solidarité, la fraternité, le partage, les marques de respect. Un espace où on apprend la

culture kanak en la vivant et ou l'on découvre celle des autres par des échanges. Un espace aussi qui à montrer aux touristes la manière d'accueillir des gens de ce Pays. Un espace ou l'on pourrait trouver des souvenirs à fabriquer, acheter, échanger ou offrir. Un espace ou l'on rencontre des nouvelles personnes et ou l'on fait connaissance Un espace identitaire d'intérêt public. Un espace identitaire que le Sénat Coutumier a sous estimé. Celui-ci n'a pas eu les éléments nécessaires sans

doute pour voir l'espace en tant qu'outil d'émancipation. Pendant ces 52 jours, nous commencions à répondre aux recommandations du congrès de la Jeunesse Kanak à Bangou. Des progressions étaient en cours. C'était trop beau pour que tous le monde puisse s’asseoir autour d'une table et puissent discuter de la continuité de la mise en vie de la tribu dans la ville et de ses perspectives. Concernant la destruction des cases, elle nous montre le vrai visage de la politique de la Commune de Nouméa. Elle nous montre une fois de plus que leur politique culturelle, d'une culture qui rassemble , qui unit et qui anime ne répond pas aux problématiques jeunesse. Doit-on regarder, fermer les yeux et ne pas agir face à une montée de la violence dans le grand Nouméa ? Une telle arrogance de la part de la Commune de Nouméa nous montre une fois de plus ce mépris qui subsistent encore dans les esprit de certaines personnes. L'électorat a bien conscience des problématiques jeunesse mais la politique publique de leurs élus est inadaptée voire inopérante face aux besoins criants d'une jeunesse qui fait de plus en plus parler d'elle. Leur politique de

consommation est destinée à endormir nos gens, nos jeunes,à les rendre dociles, assistés ou violents.



Le « Collectif une tribu dans la ville » s'est inscrits dans la suite logique du travail du comité 150 ans après. Le mouvement populaire à continué de porter et animé « la tribu dans la ville » comme un espace d'éducation en organisant son fonctionnement, en proposant des animations . Un espace d’éducation pour s'approprier ou se réapproprier les pratiques et les gestes simples de l'accueil

Kanak. Un espace où tous le monde reconnaît la pratique de l'accueil comme un signe identitaire pour la partager a tous les citoyens et les enfants du Pays. Un espace où l’éducation est de tout instants. Un espace d'éducation qui permet à chacun de se mettre debout, de s'exprimer, de progresser et de trouver sa voie. Un espace qui permet de découvrir la culture de l'autre en la partageant dans des temps informels. Un espace d'éducation qui permet le rapprochement des gens, la proximité pour réellement poser les bases de la citoyenneté. Un endroit comme celui ci, un endroit ou tu viens dire bonjour, partager un repas, boire un café, te reposer, dormir, sculpter, chanter et danser avec des gens de tous le pays et même des étrangers n'existait nulle part ailleurs dans le Pays que dans la « tribu dans la ville ».



En conclusion, L'année 1982 est l'année de ma naissance, c'est l'année ou l'on célèbre pour la première fois le 24 septembre à la place des cocotiers. 30 ans après a-t on progresser ? Oui sans doute, même si les mentalités et les actions bougent mais pas aussi vite que l'on ne le voudrait, il y a encore du chemin à faire. Encourageons-nous encore, les anciens, les aînés comme les plus petits. Attachons nous pour faire cohésion et unité. Entendons nous sur l'essentiel et faisons en sorte que le 24 septembre 2013, 160 ans après la colonisation, soit un devoir de mémoire pour chaque citoyen. Éduquer,, former et accompagner les plus jeunes pour connaître l'histoire de notre Pays. Pour que chacun puisse se sentir comme à la Maison, il est nécessaire d'accompagner notre population en les sensibilisant à prendre une part active dans l'histoire de notre Pays. II est nécessaire de les éduquer dans leur engagement citoyen. Nécessaire de les accompagner dans leur participation volontaire à l'organisation de la fête de la citoyenneté ou tout autre événement qui participera à faire changer la

société de là ou l'on se trouve.



Florenda NIRIKANI

Militante d’Éducation Populaire.

Naku press : Mise en ligne le 12/01/2012



2013


Naku press se fait ici le relais de cet appel à signature pour une pétition contre l’arrivée du numérique dans le paysage radiophonique. La qualité technique cache bien de chose , alors que le contenu du message à diffuser lui ne changera pas pour autant. Pire l’entrée dans le monde du numérique c’est le risque de faire le premier pas dans une certaine forme de standardisation de l’info…… à votre propre opinion sur le sujet, et votre signature…

Appel/pétition : les radios libres et gratuites contre le rouleau compresseur du numérique

le 28 mai 2012

Nous publions ci-dessous le texte d’un Appel/pétition lancé sur le site « Radios en luttes ». Le signer à la même adresse. (Acrimed)



La RNT : mai 2012 - état des lieux

Il y a plus de 30 ans, le mouvement des radios libres faisait tomber le monopole d’État sur la radiodiffusion et ouvrait la bande FM aux multiples expressions sociales, culturelles, politiques et musicales. Beaucoup des « historiques » ont disparu ou basculé plus ou moins dans la pub et sont passées du côté commercial. Cependant nous restons un certain nombre à revendiquer notre indépendance et notre liberté de contenu.
La diffusion hertzienne reste pour nous la plus adaptée car elle est simple, de qualité et peu onéreuse. En 2008, le CSA sommait les radios associatives de rentrer dans les rangs du numérique. À cette époque déjà, nous formulions des réserves (voir le texte les radios au crible du numérique). Aujourd’hui, alors que le projet du numérique avait été gelé, nous avons appris par voie de presse qu’il était relancé, avec en prime un « cadeau » empoisonné : la création de la radio payante ! Le CSA, suivi par les syndicats, censés représenter les radios associatives, foncent sans concertation ni réflexion véritable vers un projet qui pourtant implique une véritable transformation du média radio. Il nous présente ce passage comme inéluctable : suivre ou aller crever sur la bande FM...
Malgré l’expérience désastreuse de la télé numérique (TNT), la Radio Numérique Terrestre nous est présentée comme une innovation technologique ultra moderne : meilleur son, meilleure diffusion, meilleure réception. Des arguments d’industriels et de financiers qui sont discutables voire mensongers.
La RNT : le clonage des programmes n’est pas pluralisme. La RNT nous est présentée comme la garantie d’une plus grande diversité. Aujourd’hui, 600 radios associatives garantissent la pluralité des opinions et l’accès démocratique aux médias. Elles puisent leur richesse dans leur capacité à relayer la parole des acteurs locaux à travers des moyens d’expression peu ou pas employés par les autres médias, offrant ainsi une diversité d’expression, d’expérimentation, de création et d’innovation tant au niveau du contenu que de la forme. Or, nous voyons dans le passage au numérique une mise en danger des radios associatives non commerciales, une volonté d’uniformisation du paysage radiophonique et la consécration d’une conception technocratique de l’audiovisuel.
La RNT, ça coûte cher ! Le passage au numérique représente un coût considérable pour les radios : investissement en matériel, formation à la nouvelle technologie et double diffusion pendant plusieurs années (sur la bande FM et sur la bande numérique). Or, à ce jour, dans le contexte généralisé de baisse des aides publiques qui affecte l’ensemble du secteur associatif, aucune réponse satisfaisante n’a été donnée concernant la prise en charge du financement de la diffusion en numérique des radios associatives. Les coûts liés à la double diffusion risquent de les rendre toujours plus dépendantes des subventions d’État, régionales, locales et donc du bon vouloir des élus, au risque de compromettre leur liberté éditoriale. La réalité des radios sans publicité ni profit est tout bonnement ignorée. Il en va d’elles comme, par exemple, des minimas sociaux, de la santé, de l’éducation ou de la recherche fondamentale : ce qui n’est pas rentable pourrait tout aussi bien disparaître. Si passage à la radio numérique il y a, nous demandons une prise en charge des coûts de diffusion par les pouvoirs publics (par le FSER, Fond de Soutien à l’Expression Radiophonique ou tout autre dispositif).

Avec la RNT, le son ne sera pas de meilleure qualité ! La RNT proposera des taux de compression du signal sonore entre 64 kbps et 256 kbps, c’est-à-dire entre une très mauvaise qualité et une (relativement) bonne qualité. Le principe démocratique d’une qualité équivalente pour tous disparaît lors du passage à la RNT. La RNT, c’est un meilleur son pour tout le monde sauf pour ceux qui ne pourront pas se le payer.

Avec le numérique un nouvel acteur privé payant entre en scène : le multiplexeur, canal dans lequel huit ou neuf radios doivent entrer, de gré ou de force. Des mariages forcés entre des radios n’ayant pas la même sensibilité devront donc être conclus. Que pèsera alors une petite radio associative face à des radios commerciales devant le conseil d’administration d’une société de multiplexage privée ? Le multiplexage signe également la fin de l’auto-diffusion et met en danger de nombreuses petites radios associatives locales telles que Radio Larzac. Une double obligation s’impose aux radios : celle de transiter par un prestataire et celle de se « pacser » avec d’autres radios pour être diffusées.

Avec la RNT, pour le même coût, les zones de diffusion seront réduites ce qui privera une partie des auditeurs des radios locales de leurs programmes. En région parisienne, si nous prenons l’exemple de Fréquence Paris Plurielle, une grande partie de la population de la banlieue, celle de certaines prisons, ne sera plus couverte. Ce public auquel nous sommes attachés et qui fait la richesse de notre antenne est pourtant notre auditorat depuis la création de la radio, il y a 20 ans !

Le numérique c’est aussi une logique binaire et sans nuance : ça marche ou ça ne marche pas du tout ! Adieu la bidouille et la liberté de capter la bande FM avec un vieux transistor. Le passage au numérique, c’est des nouveaux postes radio qui permettent de développer la publicité et l’image (!) sur des écrans : il intéresse principalement les radios qui souhaitent exploiter ces données associées.

Actuellement, chaque foyer possède au moins six postes radios. Pour recevoir la radio numérique les auditeurs devront impérativement acheter de nouveaux postes récepteurs. Des millions de postes FM vont être jetés pour être remplacés par du matériel cher, à l’obsolescence programmée. Une manne pour les industriels bien sûr mais des dépenses supplémentaires pour de nombreuses personnes qui n’ont ni les moyens financiers, ni l’aisance technique, pour accéder à cette technologie. Avec d’autres, nous avons fait le choix de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas : les habitants des quartiers populaires, les non-professionnels, les non-spécialistes, les communautés immigrées, le mouvement social, les acteurs et actrices des luttes, les initiatives culturelles non-commerciales... La radio qui est en FM un média simple d’accès et quasiment gratuit risque de devenir un outil technologique discriminant.

Face à cette logique de consommation, de contrainte, de rentabilité, d’uniformisation, nous, nous restons illogiques et Non, nous ne crèverons pas !



NOUS EXIGEONS :

Le maintien de la bande FM sur le long terme.
Que les radios puissent effectuer leur transition vers le numérique quand elles le souhaiteront.
Que le passage au numérique n’occasionne la disparition d’aucune radio associative non-commerciale.
Le passage au numérique doit être financé par l’État, aussi bien la diffusion que les frais d’équipement par le biais du FSER [1] ou autre.
L’appel de Radios en lutte de juin 2011 - « Les radios libres au crible du numérique » - avait recueilli plus de 4000 signatures. Une nouvelle pétition est ouverte !

À signer sur le site « Radios libres en lutte ».

Naku press : Mise en ligne le 06/06/2012 à 18h00.























 « Lu pour vous » dans le journal "Le POINT".

Une petite ville espagnole de Catalogne a décidé de cultiver des plantations pour s'en sortir financièrement.


·         DES CHAMPS DE CANNABIS CONTRE LA CRISE

Des coups de téléphone du monde entier ne cessent d'être reçus à la municipalité de Rasquera, un petit village agricole de la province de Tarragone en Catalogne, environ 900 habitants. L'étrange idée du maire, l'indépendantiste catalan Bernat Pellisa, intéresse et intrigue. Il a tout simplement décidé de planter des champs de cannabis et de chanvre dans la commune pour toréer la crise.
Avec le soutien des élus de l'opposition, des terrains ont été cédés à l'Association barcelonaise de cannabis d'autoconsommation, l'ABCDA, aux fins "ludiques et thérapeutiques". Cette dernière aura la charge de cultiver, d'exploiter et de gérer la production locale. Selon les calculs de Pellisa, cette initiative insolite permettra de créer 40 emplois - 35 de manière indirecte - et de rapporter aux caisses municipales 550 000 euros par an, de quoi éponger à moyen terme la dette locale, estimée à 1,3 million d'euros.
Pour cette bourgade, dont les habitants approuvent majoritairement ces drôles de nouvelles cultures, c'est du pain bénit. Si ce projet prospère, il permettra de retenir les jeunes qui ont fui vers les villes depuis quelques années, ce qui a provoqué le vieillissement de la population. La question cruciale, aujourd'hui, est la suivante : Rasquera pourra-t-elle mener à bien son projet ? En Espagne, la consommation de cannabis n'est pas interdite, sauf dans les lieux publics, en revanche, l'article 368 du Code pénal prohibe la culture, l'élaboration et le trafic de drogue, dure ou douce.

"Cela mesurera l'hypocrisie de la société"

Les avocats qui planchent sur cette idée depuis huit ans sont conscients qu'ils marchent sur des oeufs. Qui manipulera la marihuana et qui la cultivera ? Personne au sein de l'association n'a encore répondu à ces questions. Ses 5 000 membres savent que, pour éviter une "descente policière", il leur faudra démontrer que les champs cultivés sont divisés en parcelles individualisées, elles-mêmes destinées à un usage personnel.
Le maire, Bernat Pellisa, mesure que cette affaire revêt dans le fond un autre enjeu. "Cela servira à mesurer l'hypocrisie de la société. Les gamins de 14 ans ont accès aux drogues, alors, si on légalisait la consommation rationnelle du cannabis pour les plus de 21 ans, les mafias cesseraient de s'enrichir avec ce trafic, et on pourrait davantage faire des investigations sur les bénéfices thérapeutiques que génère cette industrie, en plus d'alimenter les caisses de la sécurité sociale". À méditer...
 Sources : Le Point
Naku press : Mise en ligne le 03/02/2012 à 22h11



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L’ordre et la Morale: de l’histoire dans un film… Un peuple meurtri par sa propre histoire, vient à polémiquer sur une version donnée par un réalisateur, sur un seul morceau de cette longue histoire.


Depuis un certain temps déjà le thème choisi par Mathieu Kassovitz, le réalisateur du film : l’Ordre et la Morale, faisait couler beaucoup d’encre. Un débat très animé par des points de vue bien divergents, en commençant par le lieu de tournage. En final, le film a été tourné à Tahiti en pays Maohi. Le produit est maintenant sur les étales des écrans possibles en France, et en Kanaky. Ecrans possibles car, on se souvient de la position de certains propriétaires de salle de projection de Nouméa qui ont usé de leur droit privé pour refuser le film. Relayé par les institutions, le Centre Culturel, le Congrès du pays, la FOL, l’Ordre et la Morale est bien là, au centre des discussions de plusieurs milliers de personnes, toute ethnie confondue.

Le film cause d’un évènement qui a marqué la longue lutte du Peuple Kanak pour son émancipation. L’affaire de la Grotte de Gossanah est bien l’issue d’une mise en oeuvre d’un mot d’ordre donné par le FLNKS. Il s’est traduit par cela à Ouvéa, cela a été de l’initiative des militants nationalistes d’Iaai d’organiser leur action ainsi. Effectivement, on pourrait reprocher au mouvement nationaliste de manquer d’anticipation quant au cadrage des initiatives qui viendraient du terrain, mais tout militant est aussi responsable de ses faits et gestes. Et quand des marges se présentent ainsi dans le pilotage d’un évènement, il y a de la marge pour ceux qui veulent en faire du sujet, le thème d’un film ou d’un documentaire. Et on peut le concevoir, car cela fait partie des classiques en la matière. Là où il y a comme un problème, c’est quand cette liberté d’interpréter des espaces de vide, dans le déroulement d’un évènement, affiche comme vérité des choses non dites, ou encore non déclarées.  Et pire la lutte pour la décolonisation de Kanaky n’est pas finie. L’Accord de Nouméa nous donne rendez vous très prochainement pour un référendum d’autodétermination . De cette grille de lecture, on peut s’interroger sur l’opportunité  du débat posé par le film. Raconter un morceau d’histoire est en soi une nécessité. Mais comme tout récit est de fait une interprétation, donc sujet à orientation  de la part du réalisateur , on peut aussi s’interroger sur le rôle de cette forme de communication dans le contexte actuel .

Pour le moment le film  est rentable pour le  réalisateur ( finances et notoriété) , puisque les séances affichent salle pleine. Une affluence pour  vivre l’histoire récente. Mais ce que l’on oublie c’est que raconter si rapidement une histoire récente, de cette importance, dans la vie politique d’un pays, c’est vouloir à tout prix figer une version, qui n’a peut être pas encore tout intégré. Un évènement qui marque un tournant dans la vie politique d’un pays, résulte souvent de nombreuses tractations, où malheureusement chaque détail a son importance dans la tournure finale de l’évènement. Par ailleurs, un réalisateur a aussi un intérêt  financier. Donc, dans le tournage, on va aussi chercher la contradiction qui va attirer le public parce que l’opinion publique aime bien savourer tout ce qui fait mouche.

Le processus de l’Accord de Nouméa est à deux ans de sa première échéance  où existe une possibilité de faire voter le référendum d’auto détermination. C’est un contexte qui n’est pas si innocent pour ceux qui veulent participer à l’entreprise de formater les opinions ou de jeter des doutes, mais c’est aussi cela les autres moyens pour retarder ou encore pour désavouer un élan porté par un courant d’idées allant contre l’idéologie dominante. La subtilité est l’arme qui se cache derrière cet aspect culturel, que certains raccrochent à l’idée de citoyenneté. Face à cela, il n’y a que la vigilance qui pourrait à chaque fois nous  ramener  à l’objectivité dans la lecture et compréhension des faits.

Une lutte de libération, de fait, gêne le cours normal des choses. Pour l’affaiblir, tous les moyens sont bons.

Au nom de l’histoire, il faut parler de ce qui s’est passé, mais avec quelle version ? A chacun de rechercher la vérité, dès l’instant où on a pris conscience que cela a existé. Ces évènements ont balisé un contexte politique animé par des positionnements des blocs en présence, et c’est l’élément important à avoir à l’esprit, en visionnant un tel support.

Naku press voulait juste relativiser les choses en rappelant simplement quelques fondamentaux et insister sur le fait que le film ne doit pas freiner le train en marche pour 2014 !!!

Naku press : Mise en ligne le 07/01/2012 à 21H40.
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Ici nous resterons .
Tawfig Zayyad ( 1965)

Je vous appelle , je serre vos mains
J'embrasse la terre sous vos souliers
Et je dis : je me sacrifie pour vous

Je vous offre, de mes yeux, son éclat
Je vous offre, de mon coeur, sa chaleur
La tragédie que je vis
Est ma part de vos tragédies
Je vous appelle......

Dans mon pays, je ne me suis jamais abaissé
Ni n'ai courbé mes épaules
Contre mes oppresseurs, je me suis levé
Orphelin, dépouillé et nu-pieds
Je vous appelle...

Dans la paume de mes mains, j'ai porté mon sang
Je n'ai jamais mis en berne mes pavillons.
J'ai préservé l'herbe verte
Sur les tombes de mes ancêtres
Je vous appelle.....

Palestine et Palestiniens ( Rahmallah - 2007).
Sources : Manière de voir  ( Le Monde diplomatique) 08-09/2009
Naku press : Mise en ligne le 30/12/2011 à 13h32






 Ecrivains...

Titre : Placebo
Auteur : Luc Enoka Camoui & Georges Waixen Wayewol  

Le mot de l’éditeur :

Pourquoi écrire ? Et surtout, pourquoi écrire de la poésie ? Ne serait-ce pas, au fond, un placebo, une façon de se masquer le monde, d’échapper à la vie en s’en tenant au rêve, aux beautés factices, ou bien, au contraire, pour se plonger plus loin dans l’humain, pour y trouver un chemin vers la vérité de l’être, vers la justesse des gestes.

De l’île d’Ouessant à Saint-Louis du Sénégal, de l’Inde à Québec, de Mébuet à Nouméa, Luc Camoui et Georges Wayewol nous entraînent à leur suite dans leur pirogue de paroles. Examen de conscience, réminiscences, regards croisés ou cris du coeur sur une société toujours en devenir, où l’évolution du pays se confond avec tous les pas faits, ensemble, depuis l’enfance.

Non, la poésie n’est pas un pis-aller à l’usage des faibles, mais une force de transformation et d’accomplissement, le moyen d’une libération personnelle loin des castes et des dogmes, une conquête de la dignité.                   
 
Kanaky, le 7 novembre 2011                                                

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A celle qui plante les arbres…

Naku press veut rendre hommage à WANGARI MAATHAI, cette femme qui a lutté durant plus de 30 ans dans son pays , contre la déforestation au sein du mouvement Green Belt. Lutte écologique, mais aussi lutte démocratique, qui l’amènera de nombreuses fois à s’opposer au régime.

Dans son livre intitulé  Wangari Maathai  - Celle qui plante les arbres (Prix nobel de la paix – 2004) un ouvrage paru en mai 2011, Maathai retrace trente ans de combat avec les femmes Kenyanes contre la déforestation.  Une citation : « tout au long de ces années difficiles , nous aurions encore souvent à affronter la violence et la peur, et à puiser dans nos plus profondes réserves d’espoir, de conviction et de foi, pour lutter encore sans jamais renoncer à la liberté ».

Ouvrage à lire , pour ceux qui aspirent aux valeurs simples de la vie, qui parfois dominent tout un parcours. ( en vente à la librairie Montaigne - Nouméa Centre).

Mise en ligne par Naku press le 27/09/2011 à 23h30

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La réforme du modèle économique cubain - Causes et perspectivesSalim LamraniMardi 23 août 2011

Confrontée à des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis depuis plus d’un demisiècle, à la crise financière globale et à un problème récurrent de productivité, Cuba se trouve dans l’obligation de réformer en profondeur son système socio-économique afin de préserver ses acquis
sociaux et son mode de vie. Si les facteurs externes expliquent en partie les difficultés auxquelles se trouve confrontée la société cubaine, il est impossible d’en éluder les responsabilités internes. Comme l’a souligné le président cubain Raúl Castro lors du IXe Congrès de l’Union des Jeunes Communistes le 4 avril 2010, « la bataille économique constitue aujourd’hui, plus que jamais, la tâche principale […] des cadres car d’elle dépend la durabilité et la préservation de notre système social1[1] ». Quelques mois plus tard, le 18 décembre 2010, lors d’une intervention devant le Parlement cubain, Raúl Castro a tenu un discours plus alarmiste et a mis le gouvernement et les citoyens face à leurs responsabilités : « Soit nous rectifions [ce qui ne marche pas,] soit nous coulons après avoir trop longtemps bordé le précipice1[2] ».
Le leader historique de la Révolution cubaine, Fidel Castro, a approuvé cette analyse et a apporté son soutien au processus d’actualisation du système économique1[3]. L’alternative est claire : le modèle
économique cubain doit urgemment subir des changements structurels et conceptuels profonds sous peine d’effondrement.

Les facteurs externesLe principal obstacle au développement économique du pays reste les sanctions économiques que Washington impose de façon unilatérale à La Havane depuis juillet 1960, lesquelles affectent les catégories les plus vulnérables de la population cubaine et tous les pans de la société. Unanimement condamnées pour la 19ème fois consécutive par 187 pays en octobre 2010, lors de la réunion de l’Assemblée générale des Nations unies, les sanctions économiques, en plus de bloquer tout commerce
substantiel entre les deux nations (sauf certaines matières premières alimentaires depuis 2000), revêtent également un caractère rétroactif et extraterritorial. En effet, depuis l’adoption de la loi Torricelli en 1992,
de la loi Helms-Burton en 1996 ainsi que des nouvelles restrictions imposées par l’administration Bush en 2004 et 2006, le commerce avec les pays tiers s’en trouve fortement affecté1[4].
Ainsi, depuis 1992, toute embarcation accostant à un port cubain se voit interdire l’entrée aux Etats-Unis pendant six mois, ce qui engendre un surcoût important pour Cuba, qui dépend essentiellement du transport maritime en raison de son insularité. De la même manière, depuis 1996, tout entrepreneur étranger investissant à Cuba sur des terres nationalisées en 1959 risque de voir ses avoirs gelés aux Etats-Unis. Par ailleurs, depuis 2004, tout constructeur automobile, quelle que soit sa nationalité, doit
démontrer au Département du Trésor que ses produits ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain pour pouvoir les vendre sur le marché étasunien. Il en est de même pour toutes les entreprises agroalimentaires souhaitant investir le marché étasunien. Danone, par exemple, devra démontrer que ses produits ne contiennent aucune matière première cubaine. Ces mesures rétroactives et extraterritoriales privent ainsi l’économie cubaine de nombreux capitaux et les exportations cubaines de nombreux
marchés à travers le monde1[5].
D’un autre côté, les crises économique, financière, énergétique, alimentaire et environnementale ont eu un impact désastreux sur les pays en voie de développement en général et Cuba en particulier.
L’envolée des prix des matières premières alimentaires, dont le prix a été multiplié par deux depuis 2007 et dont l’île dépend à 83%, ainsi que la baisse du cours des ressources minérales que Cuba exporte (tel
que le nickel dont le cours a chuté de plus de 50%) ont déséquilibré la balance des paiements et fortement réduit les liquidités disponibles. Ainsi, entre 1997 et 2009, Cuba a subi une perte nette de plus de 10
milliards de dollars en raison de la dégradation des termes de l’échange et a vu son pouvoir d’achat se réduire de 15%. Par ailleurs, Cuba se voit interdire tout accès à des financements externes auprès du
Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale, en raison des sanctions économiques. Les Cubains de l’étranger, des Etats-Unis en particulier, ont réduit le montant de leurs transferts d’argent vers
l’île en raison de la récession économique. Les revenus du tourisme ont également chuté pour les mêmes motifs1[6].
A cela s’ajoutent les catastrophes naturelles – seize cyclones au total – qui, entre 1998 et 2008, ont causé des dégâts d’un montant supérieur à 20 milliards de dollars1[7]. Ainsi, l’ouragan Gustav qui a frappé les
Caraïbes à la fin du mois d’août 2008 a eu un coût matériel dramatique. Les provinces de Pinar del Río, Matanzas et de l’île de Jeunesse ont offert un spectacle de ruine et de désolation. Des 25 000 logements que compte l’Île de la Jeunesse, 20 000 ont été partiellement ou totalement détruits. Près de 45% des habitations de Pinar del Río, soit 102 000 logements, ont été gravement endommagées. Fidel Castro avait comparé les dégâts causés par le cyclone à « une attaque nucléaire1[8] ». Pour sa part, l’ouragan Ike de
septembre 2008 a détruit, entre autres, 323 000 logements, 700 000 tonnes d’aliments, une grande partie de l’infrastructure électrique et les réserves d’eau potable.1[9] Par ailleurs, les précipitations irrégulières
entre novembre 2008 et juin 2010 ont affectés les cultures agricoles et réduit les possibilités d’exportations de certaines matières premières alimentaires (tabac, rhum, sucre)1[10].
Ces aléas ont amenés les autorités cubaines à bloquer les transferts financiers vers l’extérieur à partir de 2008 afin d’éviter une fuite des capitaux étrangers. La Havane a également été contraint de renégocier sa
dette face aux difficultés de paiement. Quant à la croissance, elle a été de 2,1% pour l’année 20101[11].
1 [1] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, y Segundo Secretario del Comité Central del Partido Comunista de Cuba, en la clausura del IX Congreso de la Unión de Jóvenes Comunistas », República de Cuba, 4 avril 2010.
http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/esp/r030410e.html (site consulté le 26 mars 2011).
1 [2] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », República de Cuba,
18 décembre 2010. http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2010/esp/r181210e.html (site consulté le 2 avril 2011).
1 [3] Agence France Presse, « Fidel Castro apoya cambios impulsados por su hermano Raúl », 18 novembre 2010.
1 [4] Salim Lamrani, État de siège, Paris, Éditions Estrella, 2011.
1 [5] Ibid.
1 [6] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », Prensa Latina 18 avril 2011. http://www.prensa latina.cu/Dossiers/LineamientosVICongresoPCC.pdf (site consulté le 20 avril 2011). Voir également Andrea Rodriguez, « Alza de precio de alimentos afecta a Cuba », The Associated Press, 15 avril 2011.
1 [7] Ibid.
1 [8] Fidel Castro, « Un golpe nuclear », Granma, 3 septembre 2008 ; Ronald Suárez Rivas, « Housing, the Greatest Challenge », Granma, 2 septembre 2008.
1 [9] Marta Hernández, « Más de 320 000 casas dañadas », Granma, 11 septembre 2008. Orfilio Pelaez, « Pérdidas millonarias
en la vivienda », Granma, 13 septembre 2008 ; Granma, « Cuba prioriza alimentación de damnificados por huracán Gustav », 5 septembre 2008, Prensa Latina, « Cuba prosigue evaluación de daños y recuperación tras huracán Ike », 11 septembre 2008 ; Freddy Pérez Cabrera, « Recuperar todo lo relacionado con la producción de alimentos », Granma, 11 septembre 2008 ; EFE, « Los supermercados de La Habana presentan problemas de abastecimiento », 16 septembre 2008 ; Wilfredo Cancio Isla, « Perdidas 700,000 toneladas de alimentos », El Nuevo Herald, 12 septembre 2008 ; The Associated Press, « Cuba Estimates Gustav, Ike Damages at US$5 Billion », 16 septembre 2008 ; Granma, « Información oficial de datos preliminares sobre los daños ocasionados por los huracanes Gustav e Ike », 16 septembre 2008.
1 [10] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
1 [11] Ibid.

Les facteurs internes. D’un point de vue national, plusieurs facteurs – dont une partie substantielle sont en lien direct avec l’état de siège imposé par les Etats-Unis – sont à mettre en exergue tels que la bureaucratie, la corruption au niveau intermédiaire – et parfois au plus haut niveau – de la structure étatique entrainant le renforcement du marché parallèle, le manque de débat critique, la faible productivité, l’hypertrophie du secteur public, la production insuffisante de matières premières alimentaires, la décapitalisation de l’industrie et de l’infrastructure productive, ainsi que le vieillissement de la population

La bureaucratie. La bureaucratie est un réel problème à Cuba et affecte des pans entiers de la société. La presse cubaine, qui a longtemps éludé le sujet, n’hésite désormais plus à en dénoncer l’indolence, l’inefficacité et les dérives. Le principal quotidien du pays, Granma, porte-parole du Parti communiste, a virulemment stigmatisé le poids de la bureaucratie et exhorte à « un changement de mentalité » dans une chronique intitulée « Bureaucratisme, de règle à exception ». Selon l’article, « il y en a encore qui ferment les yeux face au nouveau scénario qui se met en place pour l’économie et la société ». Certains ont « la bureaucratie dans les veines, inoculée comme un virus mortel », alors que d’autres ne souhaitent pas que change « le système d’obstacle, de dilation, d’impunité et l’amende ou le bakchich pour qu’une démarche quelconque arrive à son terme ». Nombre de fonctionnaires « profitent de leurs huit heures quotidiennes de bourreaux rendant la vie impossible » aux citoyens. Granma appelle le gouvernement à mettre un
terme à ce « fléau parasitaire au sein de l’administration publique », notamment pour l’application des nouvelles mesures d’élargissement du secteur privé[1].
Le quotidien Juventud Rebelde a également dénoncé une bureaucratie « aux méthodes autocratiques et verticalistes », insensible aux problèmes de la population. Le journal fustige son comportement « impardonnable et paradoxal », notamment en cette période de grands changements à Cuba. Cette dernière ne daigne même pas répondre aux courriers de la population dans plus de 30% des cas et refuse « d’évaluer les problèmes à la racine ». « Un autre élément préoccupant est l’impunité avec laquelle les lois, les normes et même les droits des citoyens sont transgressés, devant les yeux de
supérieurs[2] ».
Alfredo Guevara, père du cinéma cubain et ami personnel de Fidel Castro, a approuvé la volonté de réforme du gouvernement et a appelé à mettre fin à l’étatisation outrancière de la société cubaine. « Nous sommes en train de vivre un processus de destruction de l’étatisation de la société et
j’espère que nous aurons un Etat qui s’autolimite dans ses fonctions et qui permette à la société de se développer[3] ». Cela permettra d’atteindre « un niveau d’indépendance et de maturité qui sera un grand apport » pour le pays. Guevara a souvent dénoncé la bureaucratie cubaine « absurde et inefficace[4] » ainsi que le paternalisme contre-productif de l’Etat. D’après lui, « la bureaucratie est représentée par des dirigeants inutiles qui pensent que leur tâche consiste uniquement à donner des ordres. L’Etat, ce n’est pas la bureaucratie, mais évidemment un Etat disproportionné crée un phénomène idéologique bureaucratique[5] ».
Le président de la République Raúl Castro a mis en garde les partisans du statu quo, qui refusent le changement : « Nous serons à la fois patients et persévérants face aux résistances au changement, qu’elles soient conscientes ou inconscientes. J’avertis que toute résistance bureaucratique à l’accomplissement stricte des accords du Congrès, massivement soutenus par le peuple, sera inutile[6] ».

La corruption. La corruption est également un phénomène endémique à Cuba et gangrène les niveaux intermédiaires de la structure étatique, y compris les inspecteurs des impôts, et parfois la plus haute hiérarchie[7]. Le marché noir s’est substantiellement développé à Cuba depuis la chute de l’Union
soviétique. Elle est principalement due à l’insuffisance du revenu mensuel. Raúl Castro l’a d’ailleurs reconnu sans ambages : « Le salaire est encore clairement insuffisant pour satisfaire tous les besoins, et il a pratiquement cessé de remplir son rôle d’assurer le principe socialiste selon lequel chacun apporte selon sa capacité et reçoit selon son travail. Cela a favorisé des manifestations d’indiscipline sociale[8] ».
Or, toute augmentation du traitement mensuel ne peut survenir qu’en parallèle à une augmentation de la production, laquelle génèrera plus de revenus.
Une étude réalisée en 2005, à la demande expresse de Fidel Castro, avait révélé l’ampleur du vol de combustible dans les 2 000 stations à essence du pays. Durant quarante-cinq jours, les employés de ces
points de vente avaient été remplacés par des travailleurs sociaux et renvoyés chez eux, avec le maintien intégral de leur salaire. Le premier rapport rendu public avait montré que plus de 50% de l’essence était
détourné. En effet, les revenus quotidiens générés par les 2 000 points de ventes avaient augmenté de 100 000 dollars, soit une croissance de 115% par rapport à la situation antérieure. Dans la province de Santiago de Cuba, les revenus avaient explosé de 553%, illustrant ainsi le fait que plus de 80% du combustible était dérobé à l’Etat et revendu dans l’économie souterraine[9]. Un détournement d’une telle ampleur ne peut être effectué sans la complicité active de hauts-fonctionnaires occupant des postes à
responsabilité. Par le passé, plusieurs ministres ont été destitués, traduits en justice et condamnées à de lourdes peines de prison pour corruption et détournements de fonds[10]. Récemment trois ministres ont
été limogés pour diverses raisons[11]. Face à ce constat alarmant, Fidel Castro avait mis en garde contre un effondrement total du système : « Ce pays peut s’autodétruire lui-même ; cette Révolution peut s’autodétruire […], nous pouvons la détruire, et ce serait notre faute[12] ».
Raúl Castro, conscient que la corruption n’épargne pas les hauts-fonctionnaires, a envoyé un message clair aux responsables de tous les secteurs : « Il faut mettre un terme définitif au mensonge et à la tromperie dans la conduite des cadres, de tout niveau ». De manière plus insolite, il s’est appuyé sur deux des dix commandements bibliques pour illustrer son propos : « Tu ne voleras point » et « tu ne mentiras point ». De la même manière, il a évoqué les trois principes éthiques et moraux de la civilisation Inca : « ne pas mentir, ne pas voler, ne pas être paresseux », lesquels doivent guider la conduite de tous les responsables de la nation[13]. En effet, le marché noir est alimenté par le détournement massif de marchandises importées par l’Etat et implique forcément de hauts dirigeants. Raúl Castro a été explicite à
ce sujet : « Face aux violations de la Constitution et de la légalité établie, il n’y a d’autres alternatives que de recourir au Procureur et aux Tribunaux, comme nous avons déjà commencé à le faire, pour exiger des
responsabilités aux contrevenants, quels qu’ils soient, car tous les Cubains, sans exception, sommes égaux devant la loi[14] ».
Gladys Berejano, vice-présidente du Conseil d’Etat et responsable de la lutte anticorruption du gouvernement cubain, a reconnu que le combat contre les malversations restait un défi majeur et l’une des grandes priorités nationales. Selon un récent audit réalisé en 2011, à peine 46% des entités publiques évaluées à Cuba présentaient un bilan acceptable. Dans le reste des agences et entreprises d’Etat, les administrateurs ont falsifié les livres de comptes afin de détourner des articles vers le marché noir, avec la complicité des experts-comptables chargés d’évaluer la santé financière de la structure[15].
L’affaire Esteban Morales est édifiante dans la mesure où elle permet de faire la lumière sur la lutte entre les forces obscures et conservatrices toujours présentes au sein du Parti Communiste Cubain et ses secteurs plus critiques et progressistes. Dans un article publié sur le site Internet de l’Union nationale des écrivains et artistes de Cuba (UNEAC), Esteban Morales, économiste et membre du Parti communiste cubain à la réputation honorable, spécialiste de la question du racisme et des relations avec les Etats-Unis, avait mis en garde en avril 2011 contre le principal danger qui menaçait le processus révolutionnaire cubain : la corruption. Il avait dénoncé l’enrichissement illicite de certains haut-fonctionnaires et
membres du gouvernement sans citer de noms, les accusant de préparer le transfert des biens publics entre des mains privées, en cas de chute du régime, dans un processus similaire à ce qui s’était passée dans l’ex
Union Soviétique. « Il est indéniable que la contrerévolution prend peu à peu des positions à certains niveaux de l’Etat et du gouvernement ». Il avait cité en exemple la distribution récente de terres en usufruit et les nombreux cas de « fraudes, illégalités, favoritismes, lenteur bureaucratiques » qui se sont ensuivis, ainsi que d’autres cas de hauts-fonctionnaires qui se sont rendus coupables de détournements de fonds et ont ouvert des comptes bancaires à l’étranger[16].
Suite à la publication de cette réflexion sévère et implacable sur la forme mais fondamentalement avérée, Morales a été exclu du Parti Communiste Cubain et son article retiré du site de l’UNEAC. Néanmoins, face au large soutien dont il a bénéficié parmi les membres du Parti – y compris celui de Raúl Castro –, la Commission d’Appel du Comité Central a désavoué la décision prise en première instance et a réintégré Morales dans ses fonctions[17].

La culture du débat. L’absence d’une véritable culture du débat critique à Cuba constitue un frein au développement de la nation. Les plus hauts dirigeants sont conscients cette réalité. Ainsi, Fidel Castro regrette l’unanimité de façade trop souvent présentée, notamment dans la presse cubaine :
Pendant longtemps on a eu tendance ici à supposer que les remarques critiques, la dénonciation de ce qui n’allait pas faisaient le jeu de l’ennemi, aidaient la contre-révolution. Certains ont peur parfois d’informer sur quelque chose en pensant que cela pourrait servir à l’ennemi. Or nous savons pertinemment que le travail des médias est très important dans la lutte contre les faits négatifs. C’est pourquoi nous avons
encouragé à l’esprit critique. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’il était nécessaire de développer bien davantage l’esprit critique[18].
Raúl Castro a également fustigé les non-dits, la complaisance et la médiocrité. Il a appelé à plus de franchise. « Il ne faut pas craindre les divergences de critères […], les différences d’opinions […], qui seront toujours préférables à la fausse unanimité basée sur la simulation et l’opportunisme. Il s’agit de surcroit d’un droit dont personne ne doit être privé ». Castro a dénoncé l’excès de la « culture du secret à laquelle nous nous sommes habitués durant plus de cinquante ans » pour occulter les erreurs, les défaillances et les manquements. « Il est nécessaire de changer la mentalité des cadres et de tous nos compatriotes[19] », a-t-il ajouté, en proposant de limiter à 10 ans les mandats politiques « afin d’assurer un rajeunissement systématique de toute la chaîne de responsabilité[20] ». A destination des médias, il a tenu les propos suivants : Notre presse parle assez de cela, des conquêtes de la Révolution, et nous en faisons autant dans les discours. Mais il faut aller au coeur des problèmes […]. Je suis un défenseur à outrance de la fin de la
culture du secret car derrière ce tapis doré se cachent nos manquements et ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. Je me souviens de quelques critiques apparues dans la presse il y quelques années avec mon soutien [...]. Immédiatement, la grande bureaucratie s’est mise en branle et a commencé à protester :
« Ces choses n’aident pas et démoralisent les travailleurs ». Quels travailleurs vont être démoralisés ? De même, dans une grande entreprise laitière de l’Etat de Camagüey, Le Triangle, pendant des semaines, on
donnait le lait produit à des cochons du coin car le camion citerne était en panne. J’ai alors demandé à un
secrétaire du Comité Central de dénoncer cela dans Granma. Certains sont venus me voir pour me dire
que ce genre de critiques était contreproductif car cela démoralisait les travailleurs, etc. Mais, ce qu’ils ne
savaient pas, c’est que j’en étais à l’origine[21].
Le 1er août 2011, lors de son discours de clôture de la VIIe Législature du Parlement Cubain,
Raúl Casto a réitéré la nécessité du débat critique et contradictoire au sein d’une société : « Toutes les
opinions doivent être analysées, et quand il n’y a pas consensus, les divergences seront portées auprès des
instances supérieures habilitées à prendre une décision ; de plus, personne ne dispose des prérogatives
pour l’empêcher[22] ». Il a appelé à mettre fin « à l’habitude du triomphalisme, de l’autosatisfaction et du
formalisme dans le traitement de l’actualité nationale et à générer des matériaux écrits et des programmes
de télévision et de radio qui par leur contenu et leur style captent l’attention et stimulent le débat au sein
de l’opinion publique », afin d’éviter les matériaux « ennuyeux, improvisés et superficiels » au sein des
médias[23].
Granma a également fustigé la culture du secret de la part des fonctionnaires qui empêchent la
presse cubaine d’informer correctement la population. Ainsi, la collecte d’information devient un
véritable parcours du combattant dans un labyrinthe bureaucratique où les autorisations pour tout
reportage sont nécessaires. Le quotidien dénonce « l’incompréhension de nombreux fonctionnaires
administratifs qui semblent vivre insensibles au droit des citoyens et à l’irritation que cause à la
population le fait de ne pas expliquer à temps les raisons d’un phénomène ou d’une mesure ». Les
obstacles sciemment érigés dans l’accès à l’information violent « les principes démocratiques » établies
par la Constitution de la République. « Offrir une information systématique, véritable, diverse, qui
permette d’aborder la réalité dans toute sa complexité, ne constitue pas une faveur mais un droit du
peuple », conclut le journal[24].
Le sectarisme
A Cuba, certaines pratiques discriminatoires sont toujours persistantes au plus haut niveau de
l’appareil étatique, malgré les efforts déployés par le président de la République lui-même pour y mettre
un terme. Raúl Castro a ainsi publiquement dénoncé à la télévision certaines atteintes à la liberté
religieuse dues à l’intolérance « encore enracinée dans la mentalité de nombreux dirigeants à tous les
niveaux ». Il a évoqué le cas d’une femme, cadre du Parti communiste, au parcours exemplaire, qui a été
écartée de ses fonctions, en février 2011, en raison de sa foi chrétienne et dont le salaire a été réduit de
40%, en violation de l’article 43 de la Constitution de 1976 qui interdit tout type de discrimination. Le
président de la République a ainsi dénoncé « le mal occasionné à une famille cubaine par des attitudes
basées sur une mentalité archaïque, alimentée par la simulation et l’opportunisme ». Rappelant que la
personne victime de cette discrimination était née en 1953, date de l’attaque de la caserne Moncada par
les partisans de Fidel Castro contre la dictature de Fulgencio Batista, Raúl Castro a tenu les propos
suivants :
Je ne suis pas allé au Moncada pour ça […]. J’ai évoqué cette affaire lors de la réunion du 30
juillet, qui marquait également le 54ème anniversaire de l’assassinat de Frank País et de son fidèle
compagnon Raúl Pujol. J’ai connu Frank au Mexique, je l’ai revu dans la Sierra, et je ne me souviens pas
avoir connu une âme aussi pure que la sienne, aussi courageuse, aussi révolutionnaire, aussi noble et
modeste, et m’adressant à l’un des responsables de cette injustice qui a été commise, je lui ai dit : Frank
croyait en Dieu et pratiquait sa religion, que je sache il n’avait jamais cessé de la pratiquer, qu’auriezvous
fait de Frank País[25] ?
Pourtant, les relations avec l’Eglise catholique romaine n’ont jamais été aussi bonnes depuis le
triomphe de la révolution en 1959. Le scénario de confrontation avec les institutions religieuses a peu à
peu laissé place au dialogue, limant ainsi les aspérités du passé où « les deux parties ont fait preuve
d’excès ». Raúl Castro a ainsi virulemment condamné ces pratiques « qui portent atteinte à notre principal
arme pour préserver l’indépendance et la souveraineté nationale, c’est-à-dire, l’Unité de la Nation ».
Selon lui, il est urgent de briser « la barrière psychologique formée par l’inertie, l’immobilisme, la
simulation ou la double morale et l’insensibilité » qui conduit à tout type d’abus. « Notre pire ennemi
n’est pas l’impérialisme et encore moins ses salariés présents sur notre sol, mais nos propres erreurs. Si
elles sont analysées en profondeur et avec honnêteté, elles se transformeront en leçons[26] ».
Une productivité faible
La productivité est également un problème endémique dans une société habituée à recevoir la
même rémunération quelle que soit la qualité et la quantité du travail fourni. Les employés du secteur
public ne s’intéressent guère aux problématiques de productivité et d’efficience. Il y en en effet « une
absence de culture économique chez la population ». Par ailleurs, la soviétisation de l’économie cubaine à
partir de 1968, avec la nationalisation de tous les petits commerces, a eu des conséquences désastreuses
pour le pays en termes de rendement. Au lieu d’adapter la politique économique aux particularités
nationales, Cuba avait suivi par mimétisme le modèle russe. Raúl Castro admet désormais l’erreur dictée
à la fois par l’inexpérience de la direction de la nation et par le contexte géopolitique de l’époque : « Nous
ne pensons pas copier de nouveau quelqu’un, car cela nous a causé de nombreux problèmes par le passé
et, par-dessus le marché, nous avions mal copié[27] ». Le gouvernement cubain est lucide au sujet de ses
manquements en matière économique. Il reconnaît que « la spontanéité, l’improvisation, la superficialité,
le non-accomplissement des objectifs, le manque de profondeur dans les études de faisabilité et le manque
de vision intégrale pour entreprendre un investissement » portent un grave préjudice à la nation[28].
Cuba dispose de terres extraordinairement fertiles et pourrait être un exportateur de matières
premières alimentaires. Au lieu de cela, Cuba importe 83% des produits alimentaires qu’elle consomme.
Par exemple, Cuba importe chaque année 47 millions de dollars de café alors qu’il serait parfaitement
possible d’en produire à Cuba d’une excellente qualité. En 1975, le Vietnam, au sortir de la guerre, avait
sollicité l’aide cubaine pour produire du café. Le Vietnam est désormais le second exportateur de café au
monde…grâce à l’expérience et au savoir-faire cubains. Un diplomate vietnamien a fait part de sa
surprise à son homologue cubain face à cette contradiction : « Comment est-il possible que vous nous
achetiez du café alors que vous nous avez appris à le semer[29] ? ». Il y a une raison à cela : Sur les 6,6
millions d’hectares de surface agricole, 3,6 millions restaient en jachère ou sous-exploités en 2008[30].
La politique agricole du gouvernement révolutionnaire a ainsi été l’un de ses plus graves échecs.
Plusieurs facteurs permettent d’expliquer cette dépendance stratégiquement dangereuse. Tout d’abord, le
métier de la terre est par définition un travail difficile et ingrat, surtout dans une société qui a atteint un
niveau de développement humain sans précédant dans l’histoire de l’Amérique latine et du Tiers-monde.
Il est en effet difficile de convaincre des citoyens ayant obtenu des diplômes universitaires d’aller
produire du café ou du blé pour obtenir, de toute façon, le même salaire qu’un employé de bureau. Pour
cela, il est indispensable « que les agriculteurs obtiennent des revenus justes et raisonnables pour leur dur
labeur[31] », comme l’a rappelé le président cubain. Ainsi, depuis 2008, sur un fonds disponible de 1,8
millions d’hectares de terres non cultivées, plus d’un million a été concédé – pour des surfaces allant de
13 à 40 hectares – en usufruit gratuit pour une période de 10 ans pour les particuliers et de 25 ans pour les
coopératives. De la même manière, le gouvernement a décidé de baisser de 60% le prix du matériel et des
produits agricoles afin d’inciter la population à investir ce domaine[32].
L’hypertrophie du secteur public et la faiblesse de l’infrastructure productive
L’hypertrophie du secteur public est une réalité indéniable. En effet, l’Etat emploie près de 84%
de la population active, qui s’élève à 5,2 millions de personnes. La fonction publique se charge de fournir
un emploi aux Cubains, même si certains secteurs sont saturés. Le suremploi permet d’obtenir une
certaine stabilité sociale mais près d’un million d’emplois sont considérés comme peu ou pas
productifs[33].
La décapitalisation de l’industrie et de l’infrastructure productive constitue un sérieux obstacle
économique. Cuba a un besoin urgent de nouveaux investissements, notamment en capitaux étrangers.
Néanmoins, les menaces de sanctions en provenance des Etats-Unis freinent les potentiels
investisseurs[34].
Une transition démographique avancée
Cuba se trouve enfin à stade de transition démographique avancée, tout comme des pays tels que
l’Argentine, l’Uruguay ou le Chili, en raison de son indice de développement humain élevée. Le pays est
donc confrontée au vieillissement de sa population, dont l’espérance de vie est de près de 80 ans. Selon le
Bureau national des statistiques (ONE), près de deux millions de personnes ont plus de 60 ans, soit 17,8%
de la population du pays. Dans vingt ans, le chiffre passera à 30%[35]. Cuba compte actuellement 1 551
centenaires et doit faire face non seulement au problème du financement des retraites – l’âge de départ est
passé de 55 ans à 60 ans pour les femmes et de 60 ans à 65 ans pour les hommes en 2009 –, mais
également au danger de non-renouvellement générationnel qui affecte l’économie et la société. En effet,
le nombre d’habitants a diminué en 2010 en raison du faible taux de natalité[36].
[1] Félix López, « Burocratismo, de regla a excepción », Granma, 29 janvier 2011 ; EFE, « Diario oficial arremete contra
burócratas », 29 janvier 2011
[2] José Alejandro Rodríguez, « Menos respuestas cuando más se necesitan », Juventud Rebelde, 6 juillet 2011.
[3] Agence France Presse, « Figura histórica del castrismo aplaude la ‘desestatización », 23 novembre 2010.
[4] Agence France Presse, « Transición del ‘disparate’ al socialismo, dice Guevara », 24 juin 2011
[5] Agence France Presse, « Figura histórica del castrismo aplaude la ‘desestatización », op. cit.
[6] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados
másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.
[7] Agence France Presse, « Fisco cubano combatirá corrupción de inspectores », 26 juillet 2011.
[8] Raúl Castro Ruz, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado
y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del
Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op. cit.
[9] Andrea Rodriguez, « Castro revela cifras de robo de combustible en Cuba », Associated Press, 7 décembre 2005.
[10] Esteban Morales, « Corrupción: ¿La verdadera contrarrevolución? », Progreso Semanal, 20 avril 2010 ; Mauricio Vicent,
« Corrupción al modo cubano », El País, 16 mai 2010 ; Agence France Presse, « Cuba condena a veinte años de cárcel a
empresario chileno Max Marambio », 5 mai 2011.
[11] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y
de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del
Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit., Granma, «
Electa Teresita Romero vicepresidenta de la Asamblea Provincial del Poder Popular en Sancti Spíritu », 2 avril 2011 ; EFE, «
Destituciones por corrupción en gobierno de Sancti Spíritu », 2 avril 2011.
[12] Fidel Castro Ruz, « Discurso pronunciado por Fidel Castro Ruz, Presidente de la República de Cuba, en el acto por el
aniversario 60 de su ingreso a la universidad, efectuado en el Aula Magna de la Universidad de La Habana », 17 novembre
2005. http://www.cuba.cu/gobierno/discursos/2005/esp/f171105e.html (site consulté le 2 avril 2011).
[13] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y
de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del
Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[14] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.
[15] Juan O. Tamayo, « Régimen cubano reconoce aumento de corrupción », 22 juin 2011.
[16]Esteban Morales, « Corrupción : ¿la verdadera contrarrevolución », Unión Nacional de Escritores y Artistas de Cuba, 8 avril 2011. http://www.uneac.org.cu/index.php module=noticias&act=detalle&tipo=noticia&id=3123 (site consulté le 11 août 2011).
[17] Andrea Rodriguez, « Cuba : comunistas reincorporan a académico expulsado por críticas », The Associated Press, 8 juillet 2011.
[18] Ignacio Ramonet, Fidel Castro. Biographie à deux voix, Paris, Fayard/Galilée, 2007, p. 516.
[19] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[20] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 avril 2011.
http://www.cuba.cu/gobierno/rauldiscursos/2011/esp/r160411e.html (site consulté le 3 juin 2011).
[21] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[22] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.
[23] Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011.
http://www.cubadebate.cu/opinion/2011/04/16/texto-integro-del-informe-central-al-vi-congreso-del-pcc/ (site consulté le 20 avril 2011).
[24] Anneris Ivette Leyva, « El derecho a la información », Granma, 8 juillet 2011.
[25] Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.
[26] Ibid.
[27] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[28] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
[29] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[30] Andrea Rodriguez, « Rebajan precios de insumos agrícolas en Cuba », The Associated Press, 5 août 2011. Voir également le témoignage d’un agriculteur : Ventura de Jesús, « Un buen agricultor suburbano », Granma, 21 mai 2011.
[31] Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
[32] Andrea Rodriguez, « Rebajan precios de insumos agrícolas en Cuba », op. cit.
[33] Paul Haven, « Cuba : Pequeños empresarios, factor clave de reformas económicas », The Associated Press, 31 janvier 2011.
[34] Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
[35] EFE, « El envejecimiento poblacional en Cuba continuó en aumento en 2010 », 7 juillet 2011.
[36] Agence France Presse, « Aumenta cantidad de centenarios y disminuyen nacimientos en Cuba », 20 mai 2011. Voir également EFE, « Centenarios cubanos develan secreto de la longevidad », 27 mai 2011.

Les mesures économiques et sociales du 1er décembre 2010 au 28 février 2011, un projet de réforme de la politique économique et sociale, élaboré par la Commission de Politique économique du Parti communiste cubain, a été soumis à un vaste débat public avec l’aide de la centrale syndicale du pays[1]. Au total, près de 9 millions de Cubains ont assisté à l’une des 163 000 réunions organisées pour débattre du projet avec un total de 3 millions d’interventions. Le document original comprenait 291 points, desquels 16 ont été intégrés à d’autres, 94 ont été maintenus intacts, 181 ont été modifiés et 36 ajoutés pour un total comprenant au final 311 points[2]. Le projet de départ a ainsi été modifié à 68% par les citoyens et a été adopté le 18 avril 2011 lors de la tenue du VIIème Congrès du Parti communiste cubain par les mille délégués représentant les 800 000 militants[3]. Il a ensuite été soumis au Parlement cubain, qui l’a approuvé en session plénière le 1er août 2011[4].
L’Etat cubain, qui doit apporter des solutions pour éviter la banqueroute, a ainsi décidé, sur une
base quinquennale, d’adapter les dépenses aux ressources disponibles et de réduire au maximum le
recours à la dette[5]. Raúl Castro a insisté sur l’urgence de la situation : « Nous sommes convaincus que
la seule chose qui puisse faire échouer la Révolution et le socialisme à Cuba, mettant en danger le futur de
la nation, est notre incapacité à dépasser les erreurs que nous avons commises durant plus de 50 ans[6] ».
Deux mesures spectaculaires sont à souligner. La première constitue une révolution structurelle de
la force du travail. Ainsi, les autorités ont décidé de procéder à la suppression à moyen terme de près d’un
demi-million de postes de fonctionnaires, soit 10% du total des employés du secteur public, et d’un
million d’ici cinq ans[7]. Les fonctionnaires concernés auront trois possibilités : une réaffectation dans un
service déficitaire, le travail privé ou l’obtention de terres en usufruit. Auparavant, les employés licenciés
percevaient l’intégralité de leur revenu jusqu’à ce qu’ils retrouvent un emploi. Désormais, l’allocation
chômage ne durera que cinq mois au maximum et sera à taux plein que le premier mois (passant ensuite à
60% du salaire). Tous les secteurs disposant d’un excédent de capital humain seront réduits au strict
nécessaire avec une restructuration du monde du travail. Le gouvernement précise néanmoins que « l’Etat
socialiste ne laissera aucun citoyen dans le désarroi et s’assurera, par le biais du système d’assistance
sociale, que les personnes ne pouvant travailler recevront un minimum de protection. A l’avenir, les
subventions seront destinées non pas aux produits mais à celles et ceux qui pour une raison ou pour une
autre les nécessitent vraiment[8] ».
La seconde mesure est également sans précédent par son envergure. Il s’agit d’une ouverture de
l’économie étatique au secteur privé, destinée, entre autres, à légaliser une économie informelle
croissante, et à récolter des impôts dans un pays peu habitué à la culture fiscale. Ainsi, l’Etat, qui contrôle
près de 90% de l’économie, a décidé de déléguer une partie de ses activités économiques à des personnes
privées, et se limitera à la gestion et l’exploitation des ressources stratégiques de la nation, avec une
décentralisation progressive afin de stimuler le développement. Près de 250 000 nouvelles licences ont été
octroyées dans divers secteurs. Près de 178 nouvelles activités ont ainsi été ouvertes au domaine privé et
concernent différents champs tels que la restauration (le nombre de sièges dans les restaurant passant de
12 à 50 [9], la vente au détail ou la location de chambre. Dans 83 secteurs, les nouveaux entrepreneurs
pourront désormais embaucher du personnel, prérogative qui a été jusque là une exclusivité de l’Etat, des sociétés mixtes et des entreprises étrangères, moyennant des charges à hauteur de 25% du salaire de

l’employé[9.] Le succès a été immédiat10. En l’espace de six mois, le nombre de petits entrepreneurs est
passé de 157 000 à plus de 320 000, et devrait se stabiliser autour d’un demi-million[11]. Les premiers
effets positifs sont apparus avec une augmentation des recettes fiscales de l’Etat au bout de six mois[12.]
Les commerces privés sont soumis à un impôt progressif pouvant atteindre 50% des revenus et à des
cotisations sociales à hauteur de 25%[13.] Les revenus jusqu’à 5 000 pesos annuels sont exemptés
d’impôts alors que ceux qui dépassent les 50 000 pesos seront taxés à hauteur de 50%. Le nouveau code
fiscal stipule que les entrepreneurs pourront désormais déduire jusqu’à 40% de leurs revenus au titre de
frais professionnels contre 10% auparavant[14]. Ainsi, les travailleurs indépendants devront s’acquitter de
quatre impôts au total : l’impôt sur le revenu de 25% (revenus supérieurs à 5 000 pesos) à 50% (revenus
supérieurs à 50 000 pesos), les charges patronales à hauteur de 25% du salaire de l’employé, la TVA de
10% (5% pour le secteur alimentaire), et les cotisations sociales de 25%[15].
Pour faire face à la pénurie de matières premières, le gouvernement a décidé d’allouer d’importantes
ressources à l’achat de matériel exclusivement réservées au secteur privé. Les nouveaux entrepreneurs
devront faire face à trois principaux défis : se constituer une clientèle, obtenir des crédits et vaincre les
obstacles bureaucratiques[16]Les plus hautes autorités de l’Etat ont garanti le caractère irréversible des
réformes et ont apporté leur soutien aux travailleurs indépendants en annonçant une nouvelle politique
bancaire de crédits destinés aux micro-entrepreneurs[16], en particulier dans le domaine agricole[17]. Ces
nouvelles mesures devraient générer des revenus à hauteur d’un milliard de dollars en impôts, selon les
estimations gouvernementales[18].
De la même manière, les cantines d’entreprise et le transport ouvrier ne seront plus à la charge de
l’Etat, tout comme les salons de coiffure et les taxis, entre autres, qui vont être dorénavant gérés par les
employés. Les entreprises disposeront désormais de facultés d’initiative plus amples[19].
L’objectif est d’augmenter la productivité, de renforcer la discipline et d’offrir un éventail de salaires plus
large qui permette de satisfaire les nécessités des citoyens. La politique égalitariste dans les mécanismes
de distribution du revenu sera ainsi éliminée, tout comme la gratuité de certaines prestations[20]. Raú
Castro reconnaît que « l’excessive approche paternaliste, idéaliste et égalitariste instituée par la
Révolution au nom de la justice sociale » a été une erreur. « Nous avons confondu le socialisme avec les
gratuités et les subventions, l’égalité avec l’égalitarisme », a-t-il précisé. Désormais, les salaires seront
indexés sur la productivité[21]. « L’égalité des droits et des opportunités pour tous les citoyens »
prévaudra, avec une politique axée sur le travail considéré comme « à la fois un droit et un devoir ». Il
sera désormais « rémunéré en fonction de sa quantité et de sa qualité[22] ».


1 Andrea Rodriguez, « Raúl Castro pide apoyo a central sindical cubana », Associated Press, 1er noviembre 2010.
2 Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011.
http://www.cubadebate.cu/opinion/2011/04/16/texto-integro-del-informe-central-al-vi-congreso-del-pcc/ (site consulté le 20 avril 2011).
3 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
4 Raúl Castro, « Toda resistencia burocrática al estricto cumplimiento de los acuerdos del Congreso, respaldados másivamente por el pueblo, será inútil », Cubadebate, 1er août 2011.
5 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
6 Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011, op. cit.
7 Agence France Presse, « Gobierno cubano anuncia reglas para apertura de negocios y despidos », 25 octobre 2010.
8 Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” »,
op.cit.
9 Juan Carlos Chávez, « Impuestos en Cuba llegarán hasta el 50 por ciento para trabajadores privados », El Nuevo Herald, 26 octobre 2010.
10 Paul Haven, « Cuba : Pequeños empresarios, factor clave de reformas económicas », op. cit
11 Agence France Presse, « Otorgan en Cuba 171,000 nuevas licencias », 21 mars 2011 ; Ivette Fernández Sosa, « Trabajadores por cuenta propia sobrepasan las 300 000 personas », Granma, 21 mai 2011.
12 Andrea Rodriguez, « Erario cubano comienza a ver resultados de reforma », The Associated Press, 16 mai 2011.
13 EFE, « Cubanos se preparan para nueva cultura tributaria », 22 octobre 2010.
14 Mark Frank & Eric Faye, « Cuba dévoile un nouveau code fiscal pour les petites entreprises », Reuters, 22 octobre 2010.
15 Paul Haven, « Cuba Males Self-Employement Rules Official », Associated Press, 25 octobre 2010 ; Agence France Presse, « Cuba: jusqu’à 50% des revenus des commerces privés soumis à impôt », 25 octobre 2010.
16 EFE, « Anuncian nueva política bancaria de créditos », 1er avril 2011 ; Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
17 EFE, « Gobierno cubano da créditos a campesinos », 11 juillet 2011.
18 Juan Carlos Chávez, « Impuestos en Cuba llegarán hasta el 50 por ciento para trabajadores privados », op. cit.
19 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
20 Ibid.
21 Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
22 Partido Comunista de Cuba, « Proyecto de lineamientos de la política económica y social », op. cit.

Par ailleurs, de nombreuses interdictions outrancières, qui favorisaient le marché noir, sont en
passe d’être éliminées. Raúl Castro a ainsi appelé à éliminer les nombreuses prohibitions irrationnelles
qui ont perduré pendant des années, sans tenir compte des circonstances existantes, créant ainsi le ferment
pour de multiples agissements en marge de la loi, qui débouchent fréquemment sur la corruption à des
niveaux variés. On peut arriver à une conclusion évidente : les prohibitions irrationnelles favorisent les
violations, lesquelles conduisent à leur tour à la corruption et à l’impunité.
Il a ainsi dénoncé les démarches administratives inutiles concernant le changement de logement ou la
vente de voiture entre particuliers[23]. Désormais, les logements pourront être achetés et vendus par les
Cubains ainsi que les étrangers ayant le statut de résident permanent. Auparavant, seuls l’échange et le
legs étaient autorisés, entraînant de nombreuses opérations illégales. Néanmoins, il ne sera pas possible
d’être propriétaire de plus d’un logement et ces mesures excluent à la fois les Cubains non résidents ainsi
que les étrangers. La loi sur la confiscation des biens pour les émigrants est ainsi abrogée, lesquels
pourront, en cas de départ, léguer leurs biens à leur famille jusqu’au quatrième degré de consanguinité, à
condition de pouvoir justifier de cinq ans de vie commune avec la personne concernée[24].
Enfin, l’île se trouve également dans l’obligation de mettre un terme à la dualité monétaire – le peso avec
lequel la plupart des Cubains reçoivent leur salaire et le peso convertible, réservé au secteur touristique –
afin de réduire les inégalités. En effet, un peso convertible (environ 1 dollar) vaut 26 pesos[25].
Si le changement de la structure économique semble indispensable, Cuba ne compte pas adopter le
modèle économique de marché. Selon le gouvernement cubain, le principe de base reste le même : « Seul
le socialisme est capable de vaincre les difficultés et préserver les conquêtes de la Révolution ». Ainsi, la
planification de l’économie prévaudra sur les règles mercatiques, tout en modernisant la méthodologie,
l’organisation et la gestion[26].
Au niveau macroéconomique, Cuba aspire à une meilleure efficience afin de limiter l’intervention
financière de l’Etat dans les secteurs déficitaires. Deux types de solutions sont envisagés. La première, à
court terme, permettra d’éliminer le déficit de la balance des paiements en substituant les importations et
en augmentant les revenus externes. L’objectif d’améliorer la croissance et le niveau de vie de la
population passe par une meilleure efficacité économique, une stimulation du travail et une redistribution
plus équitable du revenu national[27].
A long terme, Cuba doit trouver des solutions de développement durable qui permettent notamment
d’atteindre une autosuffisance alimentaire et énergétique, une utilisation efficace du capital humain, une
bonne compétitivité dans les productions traditionnelles et le développement de nouvelles productions de
biens et de services à haute valeur ajoutée[28].
Les entreprises étatiques et les coopératives
Une autonomie plus grande sera octroyée aux entreprises étatiques, aux entreprises aux capitaux
mixtes, aux coopératives, aux usufruitiers de terres, ainsi qu’aux petits entrepreneurs privés, sans pour
autant permettre une concentration de propriété trop importante. Le pouvoir décisionnel sera décentralisé
au profit du secteur entrepreneurial, afin d’obtenir une meilleure efficacité. Les entreprises disposeront de
plus de facultés ainsi que d’une responsabilité plus importante dans la gestion de leurs ressources
humaines, matérielles et financières, supprimant ainsi une partie des contrôles bureaucratiques. Des
marchés d’approvisionnement non subventionnés seront à la disposition des entreprises[29].

23 Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
24 Agence France Presse, « Cubanos de la isla podrán comprar casas y autos », 1er juillet 2011.
25 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
26 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
27 Ibid.
28 Ibid.
29 Ibid.

Les entreprises étatiques dont le bilan financier est structurellement déficitaire, dont le capital de travail
est insuffisant et qui se montrent incapables de respecter leurs obligations, passeront systématiquement
par un processus de liquidation. Les entreprises ne recevront plus de financement budgétaire pour la
production de biens et de services. En revanche, elles pourront créer des fonds propres pour le
développement ou l’augmentation de salaires, en cas de bénéfices, après avoir satisfait leur contrat de
production et s’être acquittées de leurs obligations fiscales. De la même manière, les salaires des
employés du secteur public évolueront en fonction des résultats de l’entreprise. Les subventions pour
pertes seront désormais éliminées[30].
Les coopératives, basées sur « libre disposition des travailleurs à s’y associer », restent propriétaires des
moyens de production et peuvent en disposer à leur guise (location, usufruit…). Elles peuvent s’associer à
d’autres entités similaires (pour l’achat et la vente par exemple afin de réduire les coûts). Néanmoins, la
propriété coopérative ne peut être vendue ou louée à d’autres coopératives ou à des entreprises non
étatiques. Elles se chargent également de fixer les salaires de leurs employés[31].

La politique sociale
Au niveau de la politique sociale, la priorité est de préserver « les conquêtes de la Révolution, tels
que l’accès aux soins médicaux, à l’éducation, à la culture, au sport, aux loisirs, à la sécurité sociale et à la
protection au moyen de l’assistance sociale pour les personnes dans le besoin », tout en éliminant les
« dépenses excessives[32] ».
Au niveau de l’éducation, les cursus universitaires seront en adéquation avec le développement de
l’économie et de la société, avec une augmentation des places dans les filières technologiques et
scientifiques. Au niveau de la santé, une réorganisation territoriale des centres de soin est prévue, tout
comme le développement de la médecine naturelle et traditionnelle, ainsi que la promotion de la
médecine préventive. Enfin, pour faire face au vieillissement de la population et au problème de la
dépendance, la contribution des salariés sera accrue et de nouveaux financements devront être
trouvés[33].
Le salaire retrouvera un rôle principal au sein de la société afin de « réduire les gratuités non nécessaires
et les subventions personnelles excessives, en établissant des compensations pour les personnes dans le
besoin ». Ainsi, le carnet de rationnement, instauré en 1963 pour faire face aux sanctions économiques, à
la spéculation sur les matières premières et éviter une crise alimentaire, « qui favorise autant le citoyen
dans le besoin que celui qui en est à l’abri », dispose de nombreux inconvénients car il profite
indistinctement aux travailleurs consciencieux qui apportent de la richesse à la société et à ceux qui
préfèrent vivre aux crochets de l’aide sociale sans rien produire[34].
Comme le note Raúl Castro, le carnet « est devenu, au fil des ans, une charge insupportable pour
l’économie, n’incite pas au travail, et est source d’illégalités diverses[35] ». Il est ainsi graduellement
réduit et sera à terme supprimé pour éviter les pratiques de trocs et de revente qui alimentent le marché
noir[36]. Par exemple, les cigarettes ont disparu du carnet depuis septembre 2010[37]. Le riz et le sucre
(exceptée la partie mensuelle subventionnée) sont désormais en vente libre sur le marché[38], alors que le
30 Ibid.
31 Ibid.
32 Ibid.
33 Ibid.
34 Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
35 Raúl Castro, « Texto íntegro del Informe Central al VI Congreso del PCC », 16 de abril de 2011, op. cit. 36 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
37 Raúl Castro, « Discurso pronunciado por el General de Ejército Raúl Castro Ruz, Presidente de los Consejos de Estado y de Ministros, en la clausura del Sexto Período Ordinario de Sesiones de la Séptima Legislatura de la Asamblea Nacional del Poder Popular, en el Palacio de Convenciones, el 18 de diciembre de 2010, “Año 52 de la Revolución” », op.cit.
38 EFE, « Cuba libera venta de azúcar y sube precio del arroz », 12 février 2011.

prix de l’huile a augmenté d’environ 10%[39]. La suppression du carnet de rationnement sera compensée
par des augmentations salariales.
Néanmoins, l’alimentation sociale dans la sphère des services de santé et d’éducation est préservée
« pour protéger la population vulnérable ». Les cantines ouvrières resteront ouvertes mais elles seront
désormais payantes et non subventionnées. De la même manière, l’Etat s’engage à « garantir que les
personnes dans le besoin reçoivent la protection de l’assistance sociale[40] ».

La politique industrielle et énergétique
L’industrie pharmaceutique et biotechnologique est l’un des fleurons économiques de la nation
cubaine. Elle représente la quatrième source de revenus pour l’île après les prestations de services, le
tourisme et le nickel[41]. L’objectif affiché est d’atteindre une souveraineté technologique dans ce
domaine et de renforcer la politique de dépôt de brevet et de propriété industrielle sur les principaux
marchés internationaux.
Au niveau énergétique, Cuba doit réduire sa dépendance vis-à-vis de l’extérieur et élever la production de
pétrole et de gaz en exploitant les gisements sous-marins récemment découverts dans le Golfe du
Mexique, et augmenter sa capacité de raffinement afin de réduire l’importation de produits dérivés.
Néanmoins, de lourds investissements sont nécessaires et l’île ne dispose pas des ressources pour les
financer. De la même manière, l’énergie utilisée pour des activités productives de biens ou de services ne
sera plus subventionnée[42].
Afin de procéder à des économies d’énergie en raison de la hausse du prix du pétrole, le
gouvernement a ainsi annoncé en octobre 2010 une augmentation des tarifs électriques pour les grands
consommateurs, c’est-à-dire ceux qui utilisent plus de 300 kilowatts/heure par mois. L’augmentation sera
graduelle et oscillera entre 15% et 285% du prix, selon le surplus de consommation. Cette catégorie
d’usagers, qui représente 5,6% de la population, devra payer entre 1,5 et 5 pesos le kilowatts/heure
supplémentaire au lieu du prix normal de 1,3 pesos. Pour les ménages consommant moins de 100
kilowatts/heure, le prix restera à 0,09 peso le kilowatt/heure. L’Etat a donné l’exemple en réduisant sa
consommation de 10% en 2010 par rapport à l’année antérieure. Le prix de l’essence a également
augmenté de 10% et celui du diesel de 18%, étant donné que plus de 50% du combustible consommé
dans l’île est destiné à produire de l’électricité[43].

Le tourisme
Dans le secteur touristique, qui constitue la seconde source de revenus de la nation, la priorité est
donnée à l’amélioration de la qualité des services fournis – lesquels sont bien en deçà des standards
internationaux –, ainsi qu’à la diversification des destinations touristiques à l’intérieur du pays pour
éviter des concentrations trop importantes de vacanciers. De la même manière, pour augmenter la
capacité d’hébergement du pays, les particuliers pourront désormais louer plus facilement une partie de
leur logement[44].

Le transport et le logement
Le transport reste l’un des graves problèmes à Cuba et a un impact aussi bien sur la vie
économique que sur le bien-être de la population. Le réseau doit être modernisé, réorganisé et surtout
développé. Les réseaux ferroviaire et maritime constituent une priorité notamment pour des raisons
économiques et environnementales. Les ports nationaux doivent notamment être agrandis pour des
raisons commerciales[45].
39 Agence France Presse, « Cuba sube precio de aceite comestible », 2 avril 2011.
40 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
41 EFE, « La isla recibe al primer millón de turistas en 2011 », 11 avril 2011.
42 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
43 EFE, « Cuba sube tarifas eléctricas para grandes consumidores domésticos », 29 octobre 2010.
44 Partido Comunista de Cuba, « Resolución sobre los lineamientos de la política económica y social del partido y la Revolución », op. cit.
45 Ibid.

L’autre grand problème national reste le logement qui est insuffisant et souvent dans un état
précaire. L’île nécessite la construction de 100.000 logements par an car il existe depuis des décennies un
déficit structurel du fond immobilier de la nation, en raison notamment des sanctions économiques. La
construction de logements ne sera plus une tâche exclusive de l’Etat : le secteur privé pourra désormais
s’acquitter de cette activité. En novembre 2010, l’Etat a décidé de mettre un terme aux subventions du
matériel de construction en raison du manque de liquidités[46].

Conclusion
Le défi qui attend les Cubains est de taille. S’ils ne peuvent agir contre le principal obstacle au
développement de la nation que sont les sanctions économiques, dont la levée –unanimement réclamée –
dépend du bon vouloir de la Maison-Blanche et du Congrès étasunien, ils peuvent se targuer d’avoir créé
la société la moins injuste de la planète et d’afficher le meilleur indice de développement humain du
Tiers-monde. Néanmoins, la lutte contre la bureaucratie, la corruption, le marché noir, la faible
productivité, l’amateurisme en termes de politique économique, la forte dépendance alimentaire et
énergétique, les interdictions outrancières, l’insuffisance de débat critique, le rapport nonchalant au
travail, restent leur principale priorité. Les Cubains – plus précisément les plus jeunes générations –
devront se montrer à la hauteur de la situation et s’adapter aux nouvelles réalités, tout en restant fidèles à
leur histoire et leur tradition de lutte et de résistance. Car, pour reprendre les enseignements lucides de
l’Apôtre cubain et héros national José Martí, « le premier devoir de tout homme […] est d’être un homme
de son temps ».
Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, Salim
Lamrani est enseignant chargé de cours à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV, et l’Université Paris-
Est Marne-la-Vallée, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis.
Son dernier ouvrage s’intitule Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba,
Paris, Editions Estrella, 2011, avec un prologue de Wayne S. Smith et une préface de Paul Estrade.
Contact: Salim.Lamrani@univ-mlv.fr ; lamranisalim@yahoo.fr

46 Agence France Presse, « Raúl Castro elimina subsidios a materiales para reparar y construir casas », 18 novembre 2010

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Quand les vestiges du passé ressurgissent...

Naku press publie ci-après un extrait du livre : « Guyanne : le renouveau amérindien »
Le titre du chapitre : Communautés amérindiennes : identités en danger .
Le sous Titre : La dépossession du projet social

Avec les progrès de l’action publique et de la prise en charge sociale, la société dominante ne limite plus son emprise au mode de vie et de pensée de ses seuls adhérents : elle prétend désormais régenter l’organisation sociale des communautés. Le regroupement familial , le principe de  la terre collective, le rôle du chef coutumier ou tout simplement l’utilisation matérielle de l’espace dans les villages sont autant de sujets où le droit et l’action administrative s’exercent quotidiennement en infraction à la tradition et en contradiction avec les choix fondamentaux des communautés. La règle coutumière et le pouvoir coutumiers s’affaiblissent, mais la démocratie ne progresse pas pour autant : car pour ces villageois du Maroni ou de l’Oyapock, très peu instruits des tenants et des aboutissants du système qui les a pris en charge et totalement ignorants de la logique citoyenne – la simple question de leur état civil n’est pas entièrement réglée, - l’élu n’est rien d’autre qu’un nouveau chef, certes plus fort que le chef traditionnel, car il dispose de plus de moyens et d’influence, mais à qui est due la même obéissance.  L’ambiguité entre le chef et l’élu est complaisamment entretenue par certains politiques locaux qui cherchent à mettre à profit la cohésion des comportements pour se constituer un électorat docile et captif…

A méditer , la situation des Amérindiens ne peut être comparé avec celle du peuple kanak, mais il y a des choses qui restent …. Naku press vous laisse méditer sur cet extrait de la collection ETHNIES  édité par les Droits de l’Homme et des Peuples Autochtones

Mise en ligne par Naku press le 13/08/2011 à 7h45

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Voeux de Waixen pour l'année 2011

Bonne année et meilleurs voeux pour 2011 !

2010 derrière nous, 2011 devant nous. Un petit rétrospectif pour faire le bilan de nos activités multiples, diverses et variées, sur le plan professionnel, culturel, social, politique, mais aussi et surtout sur le plan relationnel.

Certainement, que beaucoup de bonnes choses ont été réalisées ou engagées, peut être qu’il y a aussi de moins bonnes, et de pas bonnes du tout. Aussi je vous souhaite a toutes et à tous, sur la base des bonnes choses faites, de continuer à essayer d'améliorer celles qui ne l'ont pas été, ou en partie seulement.

Se souhaiter la bonne année, derrière la symbolique tradition du nouvel an, c'est aussi un petit espace-temps, une brève opportunité, un court répit, un break, pour chacun d'entre nous, de faire un petit retour sur soi, sur l’essentiel, par rapport à la vie familiale, clanique, tribale, urbaine, sociale culturelle, politique, professionnelle, etc.

Occasion donnée pour se remobiliser, revivifier, repartir sur des perspectives avec des objectifs, petits ou grands soient-ils, à atteindre. Occasion donnée pour renouer le lien avec le membre de la famille avec qui on a rompu, reconstruire la passerelle avec le militant avec qui on a divergé, re-écouté le ou la citoyen(ne) qui a une opinion différente de nous, se rendre à nouveau disponible pour la jeunesse, les anciens, les malades, les démunis, les exclus, ceux qui se recroquevillent sur leur sort d’asocial, rétablir l’équilibre que les disparités économiques, les fractures sociales, les handicaps physiques ou moteurs ont entamées, redonner la confiance à celles et ceux que la dureté de la vie a accablée.

L’année 2011 sera sûrement riche en évènement de tous ordres. Il n’y a pas de problèmes, problème est statique et ne suscite pas l’initiative, Il y a certainement des difficultés, dynamiques, qui encouragent le surpassement et le dépassement de soi. Difficulté veut dire, défi du culte, défi du grand, le grand étant aussi l’intelligence de l’homme.

Juste ce petit mot pour nous encourager mutuellement. Et cette perspective de « relever ce défi de l’intelligence ».


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« … Depuis la nuit première, telle la vague inlassable, enroulée dans l’enrobée d’écumes blanches, vient se fondre sur la falaise, donner forme à la roche, pour suggérer à l’aube du jour nouveau, émerveillement d’yeux, devant majesté et magnificence de l’œuvre … »
Sana, le 10 janvier 2011.

Encore, meilleurs vœux pour 2011 !

Kanaky, le 12 janvier 2011



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 De la référence  «bourdieusienne»

Les colonnes de l’un des médias de la place ont fait l’éloge de l’analyse de Pierre BOURDIEU,  sur le champ de la féminité.

Naku press veut aussi faire l’éloge de ce même auteur, sur deux de ses ouvrages : «Contre pouvoir» publié dans les éditions Raisons d’agir en 04/1998- Contre feux fait état de propos pour servir  à la résistance contre l’invasion néo –libérale. S’agissant de point de vue alternatif, Bourdieu développera aussi dans cet ouvrage  l’imbrication du champ journalistique et du champ politique, pour donner un regard critique sur le rôle des médias. Dès l’instant où il est question de travailler sur la conscience humaine, la communication revient au premier plan.

Le deuxième ouvrage intitulé  «Sur la Télévision» publié également par les Editions Raisons d’agir durant le 4è trimestre 1996. Il évoquera l’emprise du journalisme. Un zoom donc sur le champ journalistique  pour parler plus particulièrement de la dictature «sournoise» des techniques journalistiques, souvent ignorée par certains des habitués des plateaux Télé – qui eux répondent aux invitations du journaliste, avec toujours l’ambition permanente de pouvoir faire passer leur message, et non celui du journaliste.  Or de la contrainte horaire, à la dictature de l’audimat c’est finalement l’économique et le commercial qui priment dans la gestion de cet espace où l’invité doit pouvoir jouer avec  la vitesse de la pensée, au risque de donner du «déjà entendu».
Une lecture critique du rôle des médias, permet à chacun de se forger sa propre idée sur un évènement, et donc ne pas faire partie des «télégobeurs». La véritable démocratie c’est aussi savoir se donner les moyens, pour concevoir sa propre opinion.
            
Naku press : mise en ligne le 06 01 2011 à 22H20

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La LDH NC met en place une commission sur le racisme

Suite à notre BE d'hier soir, qui a vu la création d'une commission interne à la LDH-NC sur le racisme et la discrimination, voici, pour information, un article publié dans du même jour, 02/11/10 :

Pour une société civile européenne antiraciste !
Notre constat est clair : alors que le racisme et l'antisémitisme s'étendent en Europe, la résistance civile et politique est à ce point timide qu'elle est impuissante à conjurer ces fléaux.
Les récentes élections en Suède, en Hongrie et en Bulgarie, ainsi que l'accord de gouvernement récemment conclu aux Pays-Bas, viennent confirmer la tendance : le racisme politique progresse et enchaîne les succès électoraux en Europe.

Dopés par la crise économique et sociale, mais surtout par la crispation identitaire qui traverse notre continent, les partis racistes inscrivent leurs thématiques traditionnelles au cœur des débats publics et certains points de leurs programmes aux agendas gouvernementaux.

Cette influence électorale et idéologique grandissante est facilitée par la vitesse foudroyante avec laquelle les opinions publiques européennes s'approprient, comme dans un funeste jeu de dominos, les discours nauséabonds, à l'instar de ceux désignant récemment les Roms comme une population dangereuse.

Cette circulation s'explique par les liens transnationaux qui existent entre les mouvements racistes et par l'absence de repères intellectuels, politiques et idéologiques nécessaires pour s'opposer à ces discours. Ce manque est dû notamment à la difficulté de beaucoup de pays d'Europe à se confronter à leur passé : Shoah, fascisme en Italie, colonialisme pour les anciennes puissances coloniales, totalitarisme en Europe de l'Est…
Il n'est alors guère étonnant que les réactions politiques et citoyennes aient été trop faibles pour dénoncer les pogroms anti-noirs de Rosarno, dans le Sud de l'Italie, au début de l'année, la stigmatisation des Roms en France, leurs expulsions forcées en Bulgarie, Grèce, Serbie, Roumanie, jusqu'à leurs meurtres en Hongrie, les discours de haine anti-musulmans qui sévissent au Danemark, en Allemagne et plus généralement en Europe de l'Ouest, comme les discriminations raciales dont sont victimes au quotidien de nombreux citoyens en Europe.
Face à ce constat inquiétant, nous nous opposons fermement aux forces politiques qui se nourrissent de ces contentieux pour produire leurs discours de haine. Nous n'acceptons pas que les musulmans soient assimilés à des terroristes et à des dangers identitaires, que les Roms soient expulsés, que les Juifs soient violentés et tentés de se dissimuler, que les noirs soient pogromisés.
L'urgence de la situation nous oblige à faire émerger sans plus attendre une société civile européenne antiraciste pour faire vivre par delà les frontières notre rêve européen.
Notre rêve européen, c'est de vivre sur un continent où la liberté d'un individu à définir son propre destin n'est pas contrainte par ses origines familiales ou son appartenance à une communauté, et de construire des sociétés de l'inclusion et de l'accueil, dans lesquelles l'égalité entre les citoyens est inscrite dans les textes et dans les faits.

Pour faire vivre cet idéal, nous voulons faire entendre notre voix, celle des dizaines de milliers de militants mobilisés au quotidien à travers toute l'Europe contre le racisme et l'antisémitisme, celle des victimes trop souvent dépourvues de moyens d'action et d'influence pour faire respecter leurs droits bafoués.
Nous allons mettre notre solidarité en acte en menant ensemble des actions de terrain, pour transformer concrètement les réalités dans nos pays respectifs, et notamment pour y faire reculer les discriminations raciales à l'emploi, au logement, aux loisirs, etc.
La tentation est forte, dans les périodes de crises, de désigner et de frapper des boucs-émissaires, mais les discours de haine qui se nourrissent du manque d'espoir mènent toujours à une impasse violente et destructrice de nos valeurs et de nos sociétés. Nous ne laisserons pas circuler impunément la haine en Europe sans la combattre avec détermination.
Construire une Europe débarrassée du racisme et de l'antisémitisme est un défi immense, mais nous avons avec nous la justice et notre force pour la faire triompher.

Signataires :
Abdoelhafiezkhan Dionne, présidente de la Fondation King Movement / Hi5, Pays-Bas ; Abtan Benjamin, secrétaire général de l'European Grassroots Antiracist Movement ; Bihariova Irena, présidente de Ludia proti rasizmu, Slovaquie ; Dabic Tea, coordinateur de Youth Initiative for Human Rights, Croatie ; Denes Balazs, directeur exécutif de TASZ - Hungarian Civil Liberties Union, Hongrie ; Gidlund Lina, chef de projets du Bureaux anti-discriminations de Suède ; Gjoshi Raba, directrice exécutive de Youth Initiative for Human Rights, Kosovo ; Haruoja Merle, membre du Bureau e l'Institut estonien des Droits de l'homme ; Jedlicki Jerzy, président de Otwarta Rzeczpospolita - Open Republic Association, Pologne ; Jereghi Vanu, directeur exécutif de l'Institut moldave des Droits de l'homme ; Kanev Krassimir ; président du Comité Helsinki de Bulgarie ; Kornak Marcin, prédient de Never Again !, Pologne ; Kouros Kristiina, secrétaire générale de la Ligue finlandaise pour les Droits de l'homme ; Masic Alma, directrice deYouth Initiative for Human Rights, Bosnie ; Matache Margareta, directrice exécutive de Romani Criss, Roumanie ; Micic Maja, directrice de Youth Initiative for Human Rights, Serbie ; Moawia Ahmet, coordinateur du Forum grec des migrants ; Muhi Erika, directrice de NEKI, Hongrie ; Nielsen Anne, présidente de SOS mod Racisme, Danemark ; N'Siala Kiese Patrick, membre du Bureau de Kif kif, Belgique ; Osman Sherifay Mariam, présidente de Centrum Mot Rasism, Suède ; Partapuoli Kari Helene, directrice du centre norvégien contre le racisme, Philipps Bruno, président de Karawanserei ev Dresden, Allemagne ; Kovalenko Julia, avocate du Centre d'information juridique pour les Droits de l'homme - LICHR, Estonie ; Primdahl Troels, chef de projets du Réseau nordique contre le racisme – NoNAR, Danemark ; Raonic Boris, directeur de Youth Initiative for Human Rights, Monténégro ; Scalzo Angela, présidente de SOS Razzismo, Italie ; Schindlauer Dieter, président de ZARA, Autriche ; Sonderegger Philipp, directeur exécutif de SOS Mitmensch, Autriche ; Sopo Dominique, président de SOS Racisme France ; Mjaft, Albania.

Kanaky, le 2 novembre 2010

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UN VOYAGE EN TASMANIE POUR CONNAITRE DES BRIBES DE L’HISTOIRE D’UN PEUPLE VICTIME D’UNE BARBARIE DE LA COLONISATION ANGLAISE

A 5 heures d’avion de notre pays, une île, la Tasmanie située au Sud de l’Australie. De sa capitale Hobart, on ne croirait pas à l’existence d’un autre peuple que ce là même, qui occupe les lieux, et qui a fait de cette île, un morceau de l’Angleterre dans cette partie du monde.

Un seul musée au centre ville, nous fait découvrir une partie de l’histoire réelle de cette petite île, qui reste pour le moment, une destination pas très prisée des touristes. Oui à l’entrée de ce seul musée, une toile recouvre le mur d’un hall avec une inscription décrivant une manifestation sur le pont de Hobart : «  L’année de la réconciliation ». Les photos sont interdites, on n'avait que les yeux pour regarder les quelques rares objets, et photos anciennes pour comprendre ce qui s’est passé. Les commentaires des anciennes photos nous parlent d’un peuple organisé en tribu et clans, qui vit de la pêche et de la cueillette. Les aborigènes de Tasmanie, il est bien question de leur résistance face à la colonisation anglaise, c’est ainsi, qu’en avançant dans le hall, on commence à découvrir des tableaux chronologiques des dates des premières revendications foncières. On trouvera aussi plus loin des objets d’art accompagnés d’un commentaire qui dit ceci : « c’est avec ma culture que je traverserais le temps ». Les revendications foncières, la revendication culturelle, bien évidemment qu’on a compris, que tous ces panneaux présents dans ce musée ne nous diront pas tout sur l’histoire de ce peuple qui, en fait, a été décimé.

Ce n’est que dans la partie  librairie du Musée que l’on trouvera un livre intitulé : ABORIGINAL TASMANIANS, de LYNDALL RYAN. Un livre qui a été écrit dans le cadre d’une recherche sur la nature de la colonisation dans cette partie du monde, la résistance des aborigènes, et toute la réglementation imposée par les blancs après avoir spolié toutes les terres aux aborigènes. Ce livre retrace l’émergence d’une nouvelle communauté aborigène, marginalisée par la société blanche qui continue à nier son identité. Un retour sur l’histoire sera nécessaire pour comprendre le positionnement actuel du peuple aborigène dans tout le pays, dans leur combat pour la récupération des terres et la justice sociale.

Naku press se propose avec ses propres limites, de vous livrer une synthèse de ce livre (qui est à lire). Notre première diffusion portera donc sur la partie historique : les faits avec en toile de fond, les classiques du colonialisme avec la farouche volonté d’exterminer pour s’installer. L’histoire de l’humanité est bien jalonnée, de part le monde, par cette obsession de dominer et s’approprier de tout.

Sur les ondes de la Radio Djiido, dans son émission : « Café matinale », on nous rediffuse des extraits de conférence sur l’histoire de la révolte de 1917 dans la région de Koohne. Certaines scènes rappellent fortement, celles retracées par Lyndall RYAN, dans son œuvre. Il n’y a pas de frontière pour une solidarité entre des peuples victimes des mêmes barbaries de l’histoire de certaines sociétés « humaines ».

Naku press vous donne rendez vous dans un mois sur ce même chapitre.  
 (Mise en ligne  - naku press : 15 09 2010 à 22H42

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LE THEME DU MOIS

« La  violence sous quelque forme qu’elle se manifeste est un échec » de Jean Paul SARTRE
La désobéissance civile
On appelle désobéissance civile la transgression publique, collective et assumée dune loi ou d’un règlement dans le but d’exercer une pression ou une contrainte non violente sur le pouvoir politique. La désobéissance civile est basée sur le principe de la non coopération avec une loi jugée  injuste. Elle vise à la transformation du droit dans un esprit constructif. Parmi les méthodes de l’action non violente, elle intervient en dernier  ressort, quand tout a été essayé pour sortir  d’une situation  d’injuste par d’autres moyens légaux.
Mise en œuvre pour la première fois par Gandhi contre la discrimination raciale, la désobéissance civile est de plus en plus entrée dans les mœurs comme un moyen d’action légitime en démocratie. Les luttes collectives  des objecteurs de conscience dans le monde entier, les actions d’occupation de logements vides par des personnes sans abris ou de fauchages de champs d’OGM EN France témoignent de sa vitalité.

NON VIOLENCE ET PAIX
La grande découverte du XXè siècle en matière de paix : la non violence

La première campagne de désobéissance civile date de 1906. Elle est lancée par Gandhi en Afrique du Sud , contre les lois discriminatoires qui oppriment les Indiens dans ce pays. En 1930  Gandhi entame « la marche du sel » en vue d’arracher l’indépendance de l’Inde aux Britanniques. Aux Etats-Unis , Martin Luther King organise une marche sur Washington en 1963 pour réclamer la reconnaissance de l’égalité civique et la fin de la ségrégation raciale. En France, le premier mouvement non  violent de masse intervient en 1978 lors de la résistance des paysans du Larzac.

Et au XXIè siècle, où en est la culture de non violence ?
Au XXIème siècle, les résistances non-violentes continuent …. Les révolutions de couleurs, les révoltes non-violentes des moines birmans ou les faucheurs, d’OGM sont autant d’exemples récents de l’actualité et de la pertinence de la non violence face aux enjeux contemporains. Mais la non violence est aussi devenue une méthode de régulation des conflits : petit à petit, elle pénètre l’éducation, le protection des personnes, les relations sociales, etc…
Dans les conflits inter- communautaires, on commence également à préférer la non violence à une intervention armée : c’est le principe de l’intervention civile de paix, qui consiste en l’intervention d’un tiers, non armé, sur le terrain d’un conflit local. Au travers des missions d’observations, d’information, d’interposition, ou encore de médiation et de formation, ces interventions visent à réduire les violences (et si possible à les faire cesser) , et à créer les conditions d’une résolution politique du conflit. Les « volontaires de paix, » chargés de ces missions sont préalablement formés pour agir en situation de crise. Des ONG se sont spécialisées dans ce type d’intervention ( à l’instar de Peace Brigade International , Nonviolent peaceforce, etc …) avec des missions en Amérique latine, en Asie, au proche orient, dans les Balkans et en Afrique, mais elles sont encore peu nombreuses et peu reconnues. Jusqu’à ce jour, les communauté internationale a , de fait privilégié les interventions armées et croit encore peu en cette forme d’intervention non-violente, pourant essentielle à la construction d’une  paix durable.

 ?
Et si on essayait la non-violence dans le conflit israélo-palestinien
A Bil’in (village palestinien), la non –violence a réussi là où les violences échouent depuis 4 ans.
Depuis 2004 les mouvements d’opposition souvent violents, (jets de pierres, etc…), de la population palestinienne à l’encontre du « mur de sécurité » que construisent les Israéliens n’ont iren arrêté et on déjà fait plusieurs morts…. A l’exception du petit village  Bil’in qui a choisi la non violence : avec le soutien d’Israéliens et de volontaires de paix internationaux, les habitants manifestent devant le mur, toujours avec non violence et imagination ; ils ont saisi la Cour suprême de justice au motif que le tracé du mur les empêche de se rendre dans leurs vergers d’oliviers plantés, depuis des centaines d’années, de l’autre côté du mur. La Cour leur a donné raison et a exigé le déplacement (partiel) du tracé.

Sources Agenda : AIDE ET ACTION 2010

Mise en ligne : Naku press : 05/09/2010  ( 17H00)
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Les DEFIS DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE

L’émission Perspectives animée par la Dynamique FLNKS Sud a traité le thème de la  Formation Professionnelle avec le Ministre chargé de ce secteur au gouvernement de la Nouvelle Calédonie : Mr Pierre NGAIHONY, ce samedi 14 /08/2010 sur les ondes de la RDK.
La formation professionnelle, un secteur qui a fait couler beaucoup d’encre ces dernières années dans le pays, du fait de la construction de deux nouvelles usines. Ce nouveau contexte économique amène de nouveaux besoins en termes de main d’œuvre, qualifié et spécialisé.

A l’initiative du Ministre indépendantiste chargé du secteur, des états généraux ont été organisés pour mieux harmoniser les efforts en termes de structures et d’offres de formation pour répondre efficacement aux besoins du terrain.

La formation professionnelle, c’est aussi un des leviers concernés par la question de l’emploi local. Comment former un maximum de locaux pour répondre aux appels à candidature des entreprises ? La formation professionnelle,  support de réajustement pour une qualification professionnelle, pose aussi la question de la formation initiale.
Les réponses données par le Ministre, semblent confirmer des efforts entrepris pour optimiser les structures de formation existantes, l’expérimentation d’autres supports de formation dans les pays étrangers.  Des crédits ont été trouvés pour élargir les offres de formation. Les dispositifs sont bien en place, il faut maintenant que les entreprises en soient informées, et surtout qu’elles acceptent de jouer le jeu en les mettant à profit.

S’agissant de l’emploi local : la formation professionnelle constitue un des moyens pour favoriser l’embauche du personnel local, mais il faut aussi parler de la formation Initiale. Actuellement dans le pays, le débat sur l’école de demain a été lancé par le gouvernement, c’est une opportunité à saisir pour intégrer la préoccupation de l’adéquation des offres de formation avec les besoins du terrain.
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LE DRAPEAU QUI GÊNE – VERS QUOI  L’ADN POURRAIT- IL  NOUS MENER ?

Animée par Unité et Développement, Cri d’Atai est un espace d’échange entre militants nationalistes et indépendantistes autour des thèmes d’actualité politique , mais aussi des échanges sur des questions de fond. Ce samedi Cri d’Atai a échangé sur les évènements qui ont marqué l’actualité politique du pays : notamment la levée du drapeau kanak aux côtés de celui de la république française. Annexée à cela : la question des médias qui se livrent à cœur joie au commentaire bien orienté, respectant sa propre ligne éditoriale.
Sur la levée du drapeau, on ne peut que saluer l’initiative, simplement parce qu’il permet au kanak colonisé de dire « Oui j’existe aussi, il faut aussi me respecter ». La reconnaissance mutuelle pour dire que c’est un des premiers pas, avant de se dire « on va pouvoir marcher ensemble pour passer à autre chose, ensemble ». En cela, il s’agit ici d’un pas de plus dans le processus de décolonisation.
Les médias, tout en accomplissant leur mission, font aussi de la cacophonie autour de ces évènements, stratégiques dans l’appréciation de l’évolution du processus de dé colonisation. En Kanaky–Nelle Calédonie, la plupart des médias répondent à des lignes éditoriaux bien de tendance de droite. C’est une réalité, mais comment faire pour que l’opinion publique ne soit pas bercée par la seule version des médias ? les médias constituent ce que l’on appelle habituellement le 4e pouvoir, et ils peuvent être dangereux car ils viennent jusqu'à dans les foyers avec les mots de tout le monde. Donc vigilance, car le discours alternatif des indépendantistes doit être lisible, et pour cela , outre la radio Djiido qui est la seule à véhiculer ce message, la communication politique des leaders indépendantistes doit être claire, et nuancée de manière à ce que l’auditeur, le lecteur saisisse bien ce qui est de la position de fond, et ce qui est de la politique politicienne.
Tous les moyens sont bons pour brouiller les « ondes », de la terminologie au choix des titres : on parlera  du drapeau du FLNKS, une manière d’insinuer de part le sigle du Front, le rappel des années sombres de l’histoire du pays, - une manière de refuser d’emblée d’acter l’avancée et chercher à tout prix à réveiller les vieilles querelles  Bref . On dira que c’est aussi cela le jeu de la démocratie.

Indépendance, Indépendance avec des liens forts avec la France, large autonomie : 3 voies possibles pour la sortie de l’ADN. Cri d’Atai a essayé d’aller voir ce que dit l’histoire du peuple Maori,  et également celle des Iles COOK.
Les maoris sont minoritaires, dans un pays indépendant, qui leur a conféré beaucoup d’avantages. Ils sont donc bien pris en compte, tant sur le plan économique que sur le plan politique. Les Iles Cook, eux ont un statut de Territoire autonome, associée à la Nelle Zélande, ils ont une constitution, ils ont décidé de garder la citoyenneté néo zélandaise, mais sans pour autant perdre leur droit à l’auto détermination.
Le peuple Kanak a été reconnu de part le préambule de l’ADN, il dispose de quelques droits, notamment la revendication d’un patrimoine foncier via  une opération  de rachat des terres par une structure d’Etat, des leviers de commande avec la provincialisation, la prise en compte de sa culture et de ses règles coutumières, ses langues avec la mise en place de l’ALK (Académie des Langues Kanak) – le gel du corps électoral pour conserver un statut d’électeur spécial pour le référendum d’auto détermination. Le peuple kanak est rendu  minoritaire dans son pays.
La grande question : va-t-on s’acheminer avec l’Accord de Nouméa vers un pays indépendant avec un peuple autochtone minoritaire, qui continuera à se battre pour avoir son droit d’autodétermination, ou un pays qui restera très attachée à la France par une large autonomie, ou une indépendance association (un terme qui rappelle 1985 avec Edgar Pisani). Bref beaucoup de ressemblance à la fois avec la  situation des Maoris, mais aussi avec° l’évolution institutionnelle des Iles Cook.

Un comité spécial de réflexion devrait être mis en place, à l’issue du comité des signataires de l’ADN, pour réfléchir sur la sortie du processus. Quand certains parlent d’une petite nation dans la grande nation,  on devine de suite de quoi veut-on parler. Quand on parle d’un seul drapeau au nom du pays, d’un seul peuple, d’une citoyenneté calédonienne, oui mais où est passé le droit d’autodétermination du peuple colonisé qu’est le peuple kanak ?

(Mise en ligne -Naku press : le 16/08/2010 )

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KANAKY / NELLE CALEDONIE















Mise en ligne - Naku press: le 22 juilet 2010




Mise en ligne - Naku press: le 15 juilklet 2010 - 22h19

2 jours de colloque sur Le droit constitutionnel calédonien
Tout est sur le site http://larje.univ-nc.nc/. Un grand merci à DJIIDO qui a diffusé en direct..
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Mise en ligne - Naku Press : 27 06 2010 à 14h30

Le Drapeau de Kanaky
Le drapeau de Kanaky résonne dans l’histoire du peuple kanak. Il est né d’un combat politique porté de haute main, de haute lutte par le Front de Libération Nationale Kanak Socialiste (FLNKS). Tout comme le nom du pays qui est KANAKY.
Des évènements de 1984, proches de la guerre civile à la tragédie d’Iaaï (Ouvéa 1988) qui ont débouché sur les Accords de Matignon Oudinot (1988) et continués par l’Accord de Nouméa (1998), la revendication du peuple kanak est sacralisée dans ce beau drapeau de la kanaky unie aux valeurs universelles de l’humanité.

A l’heure des discussions sur les signes identitaires, notre drapeau est resté absent des édifices institutionnels qui gouvernent le pays. Certes, il flotte en Province Nord et dans les Iles Loyauté, mais il est inconnu en province Sud où la colonisation a frappé de plein fouet.

Notre souhait, notre volonté est de voir flotter le drapeau de Kanaky aux quatre coins du pays !

Son absence signifie à coup sûr, la négation de la reconnaissance de notre combat politique pour protéger notre identité culturelle kanak.

Ce drapeau n’est pas seulement celui du FLNKS, c’est le drapeau du pays kanak. Ca fait partie d’une réflexion et de tout un travail de fond de nos vieux. Ils l’ont réfléchi pendant des années, entre 1975 et 1983. Ils ont même réfléchi sur l’hymne du pays : beaucoup de chants ont été sélectionnés…

Ils allaient de pays en pays kanak et ils réfléchissaient, proposaient des couleurs pour le drapeau et présentaient des chants des pays kanak pour l’air et l’hymne. A Iaaï en 1983, le drapeau est sorti, mais il n’y avait plus assez de temps pour sortir l’hymne car le séjour était court.

En 1984 c’était l’urgence, il fallait vite réagir contre le statut Lemoine, c’est là justement que le FLNKS a été créé pour défendre le pays Kanaky et son drapeau et continuer la lutte du peuple kanak.

Nos vieux n’ont pas choisi pour rien ces couleurs. Ils les ont choisies parce qu’elles parlent et ces couleurs ont chacune leur signification. Ces couleurs sont les couleurs primaires, on peut les mélanger et en faire des milliers d’autres… Nos vieux n’ont pas pensé seulement qu’à nous les Kanak, ils pensé à l’univers.

Le drapeau kanaky avec ses couleurs exprime l’identité de l’être Kanak avec toutes ses valeurs qui sont des valeurs universelles… Ce drapeau, c’est celui du pays Kanaky que le Kanak, toute la jeunesse et d’autres se sont appropriés.

Pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce drapeau, qu’ils aillent se réfugier sous le drapeau auquel ils font référence. Chaque pays a son drapeau qui porte son identité propre avec toutes ses valeurs. Pour ceux qui continuent à essayer de toucher au drapeau du pays Kanaky, n’oubliez pas que si le Kanak n’avait pas ces valeurs universelles en 1984, vous ne seriez pas là aujourd’hui.

Alors, s’il vous plait, ayez un peu de compréhension. Respectez tout ce qui appartient au Kanak : son nom, son identité, son pays, son drapeau, et tout ce qui va avec. C’est son Droit…

Le nom du Pays est KANAKY
                                                                                                 
         Le Drapeau c’est celui-ci :

( de Marie Françoise KAPOERI – Nouméa : Juin 2010)
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Mise en ligne - Naku Press : 27 06 2010 - 14h30

Inteview accordé au Journal « La Voie du FLNKS » par Marie Françoise KAPOERI . ( Pour des raisons d’ordre technique , cet interview n’a pu être publié dans le numéro 9 de la Voie du FLNKS qui paraîtra cette semaine : 28/06 au 02/07/2010)

DES MILITANTS FLNKS SOUTIENNENT LES INDEPENDANTISTES POLYNESIENS

Voici le témoignage d’une militante de terrain qui était présente à la CPS lors de la tenue du séminaire régional du pacifique sur la mise en œuvre de l’élimination du colonialisme. Ce séminaire qui s’est tenu du 17 au 20 mai 2010 à Nouméa était l’occasion pour le FLNKS de réaffirmer son désir d’accéder à la pleine souveraineté. Habituellement, des représentants de la Polynésie, soit disant « française » sont intégrés à la délégation du FLNKS… Bizarrement, cette année nos frères maohis n’ont pas pu accéder au séminaire et ont été refoulés. Heureusement, le peuple kanak n’a pas tardé à se mobiliser et à apporter son soutien.

La Voie du FLNKS : « Aviez-vous préparé quelque chose pour la venue du comité de décolonisation de l’ONU ? »
Marika : Oui, environ, un mois avant la tenue de ce séminaire on savait qu’ils allait venir. Nous l’avons appris par des amis de Genève en Suisse. En fait, nous étions en contact avec le CERD de Genève (Comité pour l’élimination des discriminations Raciales), une autre organisation dépendant de l’ONU et c’est eux qui nous ont informé de la tenue de ce séminaire. Nous étions en train de préparer un dossier sur l’état des discriminations dans le pays, pour le présenter au CERD, parce que la France est convoquée devant ce comité en août 2010 , on s’est alors dit qu’on pouvait faire d’une pierre deux coups, présenter au comité de décolonisation notre vision de militants de terrain sur les discriminations en matière d’emploi, de santé, d’éducation, etc. que nous vivons tous les jours. Nous avons préparé sept dossiers : La santé avec des statistiques sur la mortalité infantile qui touche principalement les enfants kanak, l’enseignement, les atteintes à l’environnement, l’accès à l’emploi et les licenciements abusifs, les listes électorales (il faut savoir que près de deux mille kanak ont été exclus des listes spéciales par les communes du Grand Nouméa), les signes identitaires qui ne reconnaissent toujours pas l’identité kanak et enfin le film sur l’affaire d’Ouvéa que Matthieu Kassowitz envisageait de tourner à Iaaï…

La Voie du FLNKS : pourquoi n’avez-vous pas transmis ce dossier aux représentants officiels du FLNKS ?
Marika : Bien sûr que nous avons remis ce dossier au FLNKS ! Nous l’avons remis en mains propres au secrétaire du Bureau Politique du FLNKS, puis une autre copie au Groupe FLNKS au Congrès et enfin une troisième copie au Sénat coutumier. Nous voulions absolument que tous nos représentants aient la même copie entre les mains pour pouvoir en parler ensemble.
La Voie du FLNKS Alors, pourquoi vous êtes vous mobilisés devant la CPS ?
Marika : Au début, nous pensions que la tenue de ce séminaire de l’ONU allait donner lieu à une rencontre officielle avec le Sénat coutumier, c’est quand même un minimum quand des gens arrivent dans le pays qu’ils rencontrent nos représentants coutumiers. Or, ça n’a pas été le cas, les coutumiers ont été exclus du protocole. Le deuxième élément qui nous a incité à nous mobiliser, c’est que la délégation de Polynésie menée par le vieux Oscar TEMARU a été exclue elle aussi du protocole et de la tenue du séminaire. Oscar TEMARU venait pour rencontrer les représentants de l’ONU pour demander la réinscription de la Polynésie sur la liste officilelle des pays à décoloniser. D’habitude, il n’y a pas de problèmes, il intègre la délégation du FLNKS et tout se passe bien, mais là les coutumiers et les indépendantistes polynésiens ont été bloqués et beaucoup de militants, de syndicalistes de coutumiers ont trouvé ça inacceptable C’est ce refus qui a provoqué notre mobilisation devant la CPS.

La Voie du FLNKS : Comment s’est passée votre action ?
Marika : Jusqu’au lundi 17 mai nous espérions que nos coutumiers et les Indépendantistes menés par Oscar Temaru seraient reçus et pourraient rentrer dans la délégation du FLNKS. Le Mardi 18 au matin, la délégation polynésienne a été purement et simplement refoulée de la CPS, alors là nous avons décidé de nous mobiliser. Nous les mamans on a été prévenue par quelqu’un de l’intérieur de la CPS, on a vite rassemblé nos banderoles et on s’est retrouvées en début d’après midi à l’Anse Vata.

La radio Djiido avait emmené sa sono, les syndicats avaient apporté des abris, des chaises, de quoi faire à manger sur place, et surtout pour tenir compagnie et soutenir nos sénateurs coutumiers et la délégation de Polynésie qui avaient décidé de faire un sit-in devant la CPS. Dans l’après midi nous avons organisé un mini forum/débat sur place. Le micro a tourné et tout le monde a pu s’exprimer. Le soir, les jeunes et quelques militants ont dormi sur place pour garder les lieux.

Le lendemain, le mercredi 19 mai, les forces de l’ordre sont venues nous dire que la CPS demandait que l’on sorte de la pelouse. Très vite, ils ont décidé de retirer nos banderoles, de couper la sono de Djiido et de démonter nos abris. Comme les « Vieux » ne voulaient toujours pas bouger, les mobiles sont venus à deux ou trois pour soulever les chaises sur lesquelles ils étaient assis et les traîner de la pelouse devant la CPS sur le trottoir, puis après, encore un peu plus loin sur les îlots entre les deux routes. A ce moment là, il y a eu un moment de tension, d’énervement. Le ton est monté, mais les militants ont réussi à se contrôler et à se positionner sans répondre à la violence de la police.

Tout cela s’est passé sous la pluie et les militants se relayaient avec des parapluies pour abriter les coutumiers et les frères polynésiens qui n’avaient plus d’abris pour se protéger de la pluie. C’est vraiment honteux ce que la police a fait là !

La Voie du FLNKS : Quel a été le résultat de votre mobilisation en définitive ?
Marika :Grâce à ce mouvement, le Directeur de la CPS a téléphoné directement pour parler au Sénateur de la Polynésie qui était présent avec nous pour lui présenter ses excuses à lui et aux coutumiers. En fait, il n’y a jamais eu d’ordre de sa part d’évacuer ainsi le rassemblement pacifique, c’est la police qui s’est permis de nous raconter ça et lui à l’intérieur, il a fini par le savoir. Il faut quand même savoir que la Polynésie est membre à part entière de la Communauté du Pacifique Sud, je crois d’ailleurs que cette affaire aura sans doute des suites… Le deuxième point obtenu c’est que grâce à cette mobilisation certains élus FLNKS ont fini par sortir de la CPS et sont venus discuter avec les coutumiers, la délégation de Polynésie et tous les militants et ils ont essayé de trouver une solution. Ils ont fait le lien avec le Président du Comité de décolonisation de l’ONU, Sir Donatus Saint Aimée. Celui-ci a souhaité rencontrer le sénat coutumier et la délégation polynésienne, mais cela ne pouvait pas se passer à la CPS….Car d’autres personnes, devinez lesquelles…bloquaient. Une rencontre repas a alors été organisée le mercredi soir au Kuendu beach avec tous les militants, le sénat coutumier, les indépendantistes polynésiens et le bureau du comité de décolonisation de l’ONU composé de sept personnes.
Marika : Pendant le repas, le sénat a fait un état des lieux par oral de la situation du peuple kanak. Ensuite ce furent les indépendantistes de Polynésie par la voix d’Oscar Temaru qui ont fait un rapport pour demander la réinscription de leur pays sur la liste des pays à décoloniser. Heureusement, il y avait des interprètes pour tout traduire en anglais. La soirée s’est bien passée et le président, lui-même a dit qu’il avait été marqué par cette rencontre et tous les échanges…Il faut dire aussi qu’il a discuté avec les jeunes notamment le fils d’Alphonse Dianou et la fille d’Eloi Machoro qui étaient présents eux aussi.

La Voie du FLNKS : Et le fameux dossier sur les discriminations subies par le peuple kanak ?
Marika : Là aussi l’objectif est atteint ! Le travail fourni par les militants a été remis directement au bureau du Comité de décolonisation. Nous voulions à tout prix faire savoir à l’ONU qu’il existe ici, encore beaucoup de formes de discrimination et qu’elles concernent en premier lieu le peuple kanak. Nous espérons, maintenant que la France sera interrogée par l’ONU à ce sujet dans les tous prochains mois…
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INFO PRATIQUE
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(Madoy- L'administration de Naku Press- 27 Juin  2010)
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